jeudi 12 avril 2018

Sale boulot, Larry Brown, Editions Gallmeister


Braiden Chaney n’a plus ni jambes ni bras. Walter James, lui, n’a plus de visage. Ils les ont tous les deux été mutilés au Vietnam. L’un est noir, l’autre est blanc. Vingt-deux ans plus tard, ils se retrouvent dans la même chambre d’un hôpital pour vétérans dans le Mississippi. Au fil d’une très longue nuit, ils se racontent ce qu’ils étaient, ce qu’ils sont devenus, ce qu’ils pourraient devenir et, surtout, ce qu’ils attendent l’un de l’autre. En une nuit, tout est dit sur la guerre – seul lien entre ces deux hommes que tout oppose – et ce qu’elle fait subir aux soldats. En une nuit, tout est dit sur la souffrance, sur la mort et la compassion.



Un homme tronc, un autre défiguré se retrouvent dans la même chambre d'hôpital une longue, très longue nuit. Les deux rescapés de la guerre du Vietnam vont se raconter leur vie autour de bières, de somnolence, de somnifères et de bavardages. Ils se racontent, se dévoilent, se mettent à nu.

Braiden rencontre Walter. Deux êtres abîmés par la guerre. Deux êtres abandonnés. L'un vient de passer 22 ans allongé sur un lit. Dépendant des soignantes et notamment de sa soeur. L'autre déboule, on ne sait pas trop pourquoi il vient à ce moment-là.
Chacun pense que l'autre souffre plus que lui.
Il n'y a aucun avenir pour aucun d'entre eux et pourtant, ils tirent encore des plans sur la comète, refusent de s'apitoyer sur leur sort, pensent au futur, ressassent le passé.
Les champs de coton, la mobilisation, l'envie de combattre et puis... la blessure, les mois et les années d'hôpital, le repli sur soi, le monde extérieur qui s'éloigne de plus en plus.
La construction de ce roman est intéressante également et est faite à accrocher le lecteur. Les chapitres sont assez courts et à chacun d'entre eux, le narrateur change sans jamais que cela soit indiqué. Il faut donc être vigilant pour bien reconnaître celui qui parle.

Ce "Sale boulot" peut aussi être considéré comme un pamphlet contre la guerre. Incomprise des soldats qu'on envoie au front, se faire tailler en morceau par un ennemi qui ne comprend pas plus les motivations des dirigeants. On leur dit de se battre, alors ils se battent, blessent, tuent parfois. Et reviennent blessés, meurtris.

Je n'avais encore jamais lu de livre de cet auteur décédé subitement en 2004 que les éditions Gallmeister ont la bonne idée de rééditer. Essai réussi. C'est noir, sombre et aussi plein d'espoir. Bien sûr, cela donne envie de découvrir l'oeuvre de Larry Brown.



mardi 10 avril 2018

Les limbes, Olivier Bal, éditions De Saxus


Vietnam, 1970. James Hawkins est une jeune recrue. Durant un assaut, il prend une balle dans la tête et croit mourir. Après un mois de coma, et tandis qu'il essaie de se rétablir dans un hôpital de Saigon, il découvre que quelque chose s'est éveillé en lui. Ses nuits deviennent des épreuves, son sommeil et ses rêves ne lui appartiennent plus. Désormais, lorsqu'il dort, il visite les songes des autres... Seuls les médicaments l'empêchent de rêver. Un an plus tard, un ancien frère d'armes, Nate Irving, vient frapper à sa porte. Il est venu le chercher pour participer à un projet secret sous la supervision de la CIA : Les Limbes. Direction une base perdue au fin fond de l'Alaska où James, accompagné d'autres individus dotés des mêmes capacités, va commencer à maîtriser ses aptitudes. Il découvrira ainsi qu'il peut non seulement explorer les rêves d'inconnus mais surtout en prendre le contrôle et les modifier. Mais certaines portes devraient rester fermées à jamais... 



Tout commence donc pendant la guerre du Vietnam. James qui vient d'arriver sur le champ de bataille, se prend une balle en pleine tête. Pour lui, la guerre se termine. Du moins, en direct. 

Sur son lit d'hôpital, pendant les longs mois de rééducation, des rêves viennent le tourmenter, le hanter. Il s'aperçoit qu'il s'agit finalement de rêves prémonitoires ou du moins, qu'il peut entrer dans les rêves de quelqu'un. 
Repéré par la CIA, sa vie va alors prendre un nouveau tournant. Il est envoyé en Alaska, loin de la ville, de l'humanité. En dessous, dans cette base militaire souterraine, des explorations d'un genre nouveau sont testées sur James. Entrer dans les rêves des autres, manipuler ces personnes, voici maintenant son rôle. 

Olivier Bal écrit ici son premier roman, initialement paru en 2015 en auto-édition, il prend un nouvel envol avec cette parution aux éditions De Saxus. 
Son écriture est plutôt plaisante et fluide. Il maîtrise bien l'art du suspens car il nous met l'eau à la bouche sans en dévoiler trop. Juste au compte-goutte. Bien comme il faut. 

Plusieurs parties dans ce roman que je trouve assez inégales. J'ai bien aimé la première partie. Le contexte de la guerre du Vietnam est assez intéressant. L'auteur parle des combats, évoque la peur des soldats, le sort des blessés mais sans vraiment creuser le sujet, ce qui est dommage. Cependant, ce n'est pas vraiment le but de ce roman. Donc, je pardonne à l'auteur. 

Dans une seconde partie, James est embauché pour participer à une expérience hors du commun. Ce qui devient très intéressant, c'est qu'il se sert de ses "pouvoirs" pour entrer dans la guerre. Comme un espion infiltré dans les lignes ennemies. Sauf qu'ici, c'est dans le cerveau endormi de ses ennemis qu'il entre pour mieux les manipuler. Personnellement j'ai bien aimé cette (petite) partie. 
Ensuite, on entre dans le vif du sujet. Les expériences médicales. Les souterrains. Les secrets. James doit vivre sous la terre. Entouré de scientifiques et de militaires et il va découvrir un monde inconnu de tous. Un monde dont il devra repousser les frontières. Mais ce qui pourra lui arriver dans ce monde ci aura des répercussions dans Son Vrai Monde. 

La dernière partie, qui débute environ à la page 280 (du moins à mon sens) est la moins bonne et je l'ai moins appréciée que le reste du roman. Bien sûr, le rythme s'accélère, s'intensifie. Le dénouement est proche mais dans les 120 dernières pages, il y a beaucoup de clichés. Les scènes sont assez prévisibles. On se croirait parfois dans "The Thing" avec des scientifiques bloqués par la glace, loin de tout moyen de communication. Parfois aussi, j'ai eu l'impression de naviguer dans "Silent Hill", ce qui n'était pas pour me déplaire mais bon, je ne voulais pas d'un remake littéraire de ce film. 
C'est (encore une fois) dommage car le récit aurait mérité meilleur traitement. La fin est aussi assez prévisible et peu originale. 

Pour conclure, "Les Limbes" est un roman intéressant mais qui aurait pu être meilleur. Au final, j'en ressors avec un sentiment mitigé. J'ai bien aimé la majorité du livre mais le dernier quart m'a vraiment déçu. En tous les cas, Olivier Bal est un auteur que j'aurai plaisir à suivre. 

mardi 3 avril 2018

La femme à la fenêtre, A.J. Fini, Presses de la cité.


Séparée de son mari et de leur fille, Anna vit recluse dans sa maison de Harlem, abreuvée de merlot, de bêtabloquants et de vieux polars en noir et blanc. Quand elle ne joue pas aux échecs sur internet, elle espionne ses voisins. Surtout la famille Russell – un père, une mère et un adorable ado –, qui vient d’emménager en face. Un soir, Anna est témoin d’un crime. Mais comment convaincre la police quand on doute soi-même de sa raison ?
« La Femme à la fenêtre appartient à ce type de livres singulier qu’il est impossible de lâcher. » Stephen King
« Stupéfiant. Palpitant. Finn nous offre un thriller digne de ce nouveau millénaire. » Gillian Flynn
« 10/10 sur l’échelle du twist ! » Val McDermid
« Une oeuvre sombre au dénouement époustouflant. » Ruth Ware










Bien sûr le pitch fait irrémédiablement penser à "Fenêtre sur cour", d'ailleurs, c'est ce film qui a inspiré l'auteur. Anna Fox, pédopsychiatre est seule, cloîtrée chez elle. Elle souffre d'agoraphobie. Elle ne peut plus mettre un pied dehors sous peine d'être prise de vertige, de malaise. Alors, elle boit du vin rouge, joue aux échec sur internet et prodigue moult conseils psy sur un forum en ligne.
Anna a aussi un passe-temps : elle espionne ses voisins par le biais de son appareil photo. Jusqu'au jour où elle va être témoin d'un crime.
A partir de ce moment, l'histoire prend une nouvelle dimension. Anna Fox va perdre pied petit à petit. Elle est-elle vraiment certaine de ce qu'elle a vu ? Elle qui s'abrutit au vin rouge et qui l'accompagne allègrement de somnifères et d'anxiolitiques. Elle perd donc les pédales et ne trouve aucun réconfort.

L'auteur dresse le portrait d'une jeune femme malade, paumée, séparée de sa famille qui pourtant pourrait bien lui rendre service.

Elle se passe en boucle les grands films classiques en noir et blanc. Et c'est d'ailleurs cela que la police retient. Les inspecteurs qui viennent chez elle ne croient pas à son histoire. Elle tourne donc en rond.

Pour son premier roman, l'auteur nous fait passer un agréable moment. Les cinq cent et quelques pages se lisent rapidement et l'écriture est plaisante. J'ai accroché immédiatement à son style et j'ai voulu en savoir plus à chaque page. Le personnage d'Anna Fox est bien sûr le plus travaillé. On sent une douleur chez cette femme et on aimerait lui dire d'aller de l'avant, elle qui est psy. Mais elle n'y parvient pas et on souffre avec elle. On aimerait croire à son histoire mais on doute également.
Les autres personnages ne sont pas en reste non plus, ils ont tous leur lot de mystères, de fêlures et de secrets. Comme les Russel et leur ado. Leurs relations semblent tendues mais la mère est si gentille !

C'est plutôt habile et je n'ai pas vu le coup de théâtre arriver. La fin est tragique, travaillée et surprenante. Ce roman est une excellente surprise de ce début d'année 2018.
Disponible aux éditions Presses de la cité.




mercredi 14 mars 2018

Que le diable soit avec nous, Ania Ahlborn, Editions Denoël

Un conte horrifique où la violence et la folie affleurent à chaque page... 

Deer Valley, Oregon. Le jeune Jude Brighton a disparu depuis trois jours. Les autorités commencent à perdre espoir, et la thèse d’une fugue laisse progressivement la place à des hypothèses plus inquiétantes. Malgré son jeune âge, Steve Clark, le meilleur ami de Jude, est bien conscient de cela. Grand fan de séries policières, il sait que chaque minute qui passe est capitale. D’autant plus que ce drame n’est pas le premier à frapper Deer Valley. Un jeune garçon a été retrouvé mort dix ans plus tôt, son corps atrocement mutilé. Sans oublier tous ces animaux domestiques disparus sans laisser de trace… 
Lorsque Jude réapparaît de façon tout à fait inattendue, tous pensent que la vie va reprendre son cours. Mais Steve se rend vite compte que quelque chose ne va pas. Et si le garçon qui était mystérieusement ressorti des bois n’était pas vraiment Jude?





Dans la collection Sueurs froides des éditions Denoël, voici "Que le diable soit avec nous" de Ania Ahlborn. Dans un petit village de l'Oregon, un garçon disparaît. Son meilleur ami et cousin, Steve, veut aider à le retrouver. Mais personne ne veut de lui. Tant pis, il persévère. Quelques jours plus tard, Jude réapparaît. Mais il est bizarre, parle peu, est violent et surtout, il ne veut plus de Steve. Que s'est-il passé pendant ces quelques jours d'errance ? Où était Jude ? Qui l'a enlevé et séquestré ? 
Toutes ces questions vont rester sans réponse une bonne partie du roman mais petit à petit l'auteur dévoile son intrigue. Elle distille des indices de-ci de-là en suivant Steve, ce jeune garçon de 10, un peu bizarre et à la diction difficile, qui vit entre un frère qui le déteste (au mieux qui l'ignore) un beau-père violent et une mère aimante mais dépassée. 
Donc Steve vadrouille dans la forêt. En compagnie de Jude. Avec lui, il a construit un fort dans un arbre. 
Ce côté aventure ado m'a fait penser à des livres comme "le corps" de Stephen King ou bien encore "les enfants du marais" de Joe R Landsale. Dans ces histoires, on suit les pérégrinations d'un groupe de jeunes où se mêlent suspense et aventures. 
Cependant, très vite, l'horreur entre en scène. Ce n'est pas un déballage d'hémoglobine, de sang et de chair humaine. 



Du moins dans un premier temps. Car dans la seconde partie, on va découvrir un autre personnage qui, on le comprend assez vite, évolue dans un autre temps. 
Rosamund va faire son apparition. A partir de ce moment-là, le récit prend une nouvelle dimension. 

Pour ma part, j'ai été complètement pris dans cette histoire qui m'a, je dois bien l'avouer, empêcher de dormir plusieurs nuits. J'ai trouvé le sujet dérangeant, peut-être (sûrement même !) parce qu'il touche à l'intégrité humaine. Je n'en dirai pas plus ici de peur de dévoiler trop l'intrigue. 

Le côté fantastique fait bien sûr penser à Stephen King et on pourrait y voir des références à "Désolation". Les animaux qui sont sous l'emprise d'un être maléfique, qui les dirige et les condamne à la fois. Attirés sans qu'ils puissent se rebeller. 


J'aurais aimé que l'auteur nous en dise un peu plus sur cette force sournoise qui soumet quiconque ose s'en approcher. Bien sûr, elle esquisse un début d'explication mais j'ai été un peu frustré. 

La troisième partie mêle les deux récits. Celui de Steve et Jude et celui de Rosamund. La vérité va se découvrir en même temps que l'horreur se dévoile. Jusqu'au final grandiose et effrayant. 
Je l'ai déjà dit, ce livre m'a causé quelques insomnies parce qu'il touche à un sujet qui dérange. 
Il y a des livres qui sont intéressants mais qu'on oublie vite. Et puis, il y a ceux que le lecteur n'est pas prêt d'oublier. "Que le diable soit avec nous" fait partie incontestablement de ceux-là et m'a donné envie de découvrir l'oeuvre de Ania Ahlborn. 

Disponible aux éditions Denoël, ce roman est traduit par Samuel Sfez. 


mardi 13 mars 2018

Mange des tes morts, Jack Heath, Super 8 éditions


Cameron Hall, 14 ans. Disparu en rentrant de l’école ; rançon exigée. L’horloge tourne, la police est impuissante : c’est une mission pour Timothy Blake.
Timothy (nom de code « le pendu ») a un don. Il lit dans l’esprit des gens. Comprend tout avant tout le monde. Résout les énigmes les plus ardues. Le genre à s’ennuyer avec un Rubik’s Cube ou à connaître votre numéro de sécurité sociale par cœur. Mais Timothy a aussi un problème. Pas le fait d’être pauvre, non. Pas le fait d’être affublé d’un coturne toxicomane et parano prénommé Johnson. Un vrai problème, un problème, disons, comportemental. Qui fait que même le FBI répugne à travailler avec lui. Une vie sauvée, une récompense : ainsi fonctionne Timothy. Mais cette fois, et malgré l’appui de l’agent spécial Reese Thistle, il se pourrait que notre sympathique génie psychopathe ait trouvé à qui parler.

Ce thriller survolté et sans tabou ne vous laissera aucun répit. Accessoirement, il se pourrait qu’il vous incite à devenir végétarien.




Timothy n'est pas un flic, c'est une sorte de consultant de luxe mais un peu embarrassant. Car ce qu'il demande en échange de ses précieuses prévisions, ce n'est pas de l'argent. Il préfère être rémunéré en nature. Sa survie en dépend. C'est le deal qu'il a passé avec le directeur du FBI. Tim a donc un don que la police utilise pour résoudre des affaires complexes. 
Dans ce roman, Jack Heath dresse donc une sorte d'anti-héros, pas vraiment ragoutant mais pour qui, je dois bien l'admettre, j'ai quelque sympathie même si je n'accepterais pas une invitation à dîner. Un ado est kidnappé. Grâce à Tim, la police le retrouve. Mais l'histoire ne s'arrête pas là... Un peu comme dans la série Dexter, Tim évolue sur le fil du rasoir. Il est proche de se faire démasquer mais il parvient à s'en sortir. Mais jusqu'à quand ? Pourra-t-il toujours cacher sa véritable personnalité d'autant qu'une policière semble s'intéresser fortement à lui. 
"Mange tes morts" est un thriller original avec des personnages bien singuliers. Les dialogues ne sont pas dénués d'humour et force est de constater que la recette de Jack Heath fonctionne plutôt bien. 
J'ai bien aimé ce roman pour toutes ces raisons, l'intrigue, les personnages, les dialogues et surtout Tim qui n'est pas pour autant un ersatz de Dexter. Il vit en colocation avec un junkie-dealer, il n'a pas de vrais amis, gagne sa vie en résolvant des énigmes, ne semble pas à sa place dans ce monde. Pas glamour pour deux sous, Tim. 
Le rythme est rapide, on ne s'ennuie pas une seule seconde. C'est plaisant et divertissant même si, assister aux repas de Tim peut être un peu répugnant. 
Un clin d'oeil également au traducteur Charles Bonnot qui a fait un remarquable travail pour bien retranscrire les états d'âmes des personnages et les expressions parfois crues. 

Jack Heath est un auteur australien plutôt habitué à écrire des romans pour les jeunes. Il est l'auteur de la série "MonstreVille" disponible aux éditions Bayard. 
Pour sa première incursion en territoire adulte, c'est aux Editions Super 8 qu'on pourra le découvrir. Une vraie bonne surprise. Nous pouvons être sûr que Jack Heath saura conquérir les grands lecteurs comme il l'a fait avec les ados. 

Disponible aux éditions Super 8. 

jeudi 15 février 2018

La disparue de la cabine n°10, Ruth Ware, Fleuve éditions


Une semaine à bord d'un yacht luxueux, à silloner les eaux du Grand Nord avec seulement une poignée de passagers.
Pour Laura Blacklock, journaliste pour un magazine de voyage, difficile de rêver d'une meilleure occasion de s'éloigner au plus vite de la capitale anglaise.
D'ailleurs, le départ tient toutes ses promesses : le ciel est clair, la mer est calme et les invités très sélects de l'Aurora rivalisent de jovialité. Le champagne coule à flot, les conversations ne manquent pas de piquant et la cabine est un véritable paradis sur l'eau.
Mais dès le premier soir, le vent tourne. Laura, réveillée en pleine nuit, voit la passagère de la cabine adjacente être passée par-dessus bord.
Le problème ? Aucun voyageur, aucun membre de l'équipage ne manque à l'appel. L'Aurora poursuit sa route comme si de rien n'était.
Le drame ? Laura sait qu'elle ne s'est pas trompée. Ce qui fait d'elle l'unique témoin d'un meurtre, dont l'auteur se trouve toujours à bord...




Profitant du congé maternité de sa patronne, Laura doit couvrir pour le magasine pour lequel elle travaille la première croisière d'un bateau de luxe. En présence de plusieurs invités sélectionnés par le patron lui-même, Laura va devoir se faire une place. Et quoi de mieux pour assister à un meurtre ? Et en plus d'en être le seul témoin ? Et qu'en plus, le corps a été lancé dans les eaux froides et sombres ? Et qu'il ne manque personne à l'appel ? Une enquête pour Hercule Poirot ou Sherlock Holmes ? 
Bien sûr, ce roman a une teinte très Doylenne ou Agathachristienne. Le coupable est sur le bateau. 

Le point de départ de ce roman est donc assez simple mais l'enquête va s'avérer ardue pour Laura, en proie à ses propres doutes et démons. Elle digère peu à peu l'agression qu'elle a subie juste avant de partir grâce à des médicaments. Elle va s'isoler de plus en plus en cherchant une aide chez les autres passagers. Mais elle va en venir, forcément, à suspecter les uns après les autres ? Chacun ayant des choses à cacher. 

J'ai beaucoup aimé ce huis-clos dans un contexte marin. Ruth Ware parvient à maintenir le lecteur en haleine tout au long de son récit. Pourtant, la chose n'était pas aisée. Un seul lieu, un cercle de personnages immuables. Elle dresse des tableaux intéressant de chacun des protagonistes grâce à Laura. Tina ? Une guerrière aux dents longues avec qui il vaut mieux faire ami-ami. Richard ? Milliardaire aux petits soins avec sa femme malade. Cole ? le photographe vulgaire. Et puis, il y a Ben Howard (non, pas le chanteur !) qui ne sais pas trop sur quel pied danser. Tout ce petit monde navigue au gré des flots, parfois tumultueux. Car on ne veut pas que Lo progresse. On veut la rendre folle. On veut la faire taire. 

Et là, le roman prend une nouvelle tournure. Plus hard. On n'est plus dans le policier gentillet de la fin du XIXème siècle, on entre dans le thriller, angoissant, asphyxiant. 
Le récit est coupé d'articles de journaux postérieurs et de mails du fiancé de Lo, Judah. Si bien qu'on ne sait jamais ce qui se passe réellement. Jusqu'au coup de théâtre final, surprenant. 

La disparue de la cabine n°10 est un très bon polar, bien addictif, un bon page turner avec une héroïne éminemment sympathique et pour qui on ressent beaucoup d'affection. On stresse avec elle, on pleure avec elle, on souffre avec elle. 
Et quand la dernière page se tourne, les sentiments se bousculent (je n'en dirai pas plus...). 

A découvrir chez Fleuve noir éditions. 

jeudi 25 janvier 2018

Juste après la vague, Sandrine Collette, Editions Denoël.


Il a suffi d'une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n'avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l'accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d'accueil pour déshérités, surnommé "la Casse". La Casse, c'est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d'automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir. Et puis, au milieu de l'effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s'épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu'elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser. Leur force, c'est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s'en sortir. Mais à quel prix ? Après le magistral Il reste la poussière, prix Landerneau Polar 2016, Sandrine Collette nous livre un roman bouleversant, planté dans le décor dantesque de la Casse.



Une vague géante a (presque) tout englouti. L'eau monte de jours en jours. Une famille survit tant bien que mal. Mais quelle famille ! 9 enfants ! Sandrine Collette  décrit un monde apocalyptique dans lequel des parents vont devoir faire des choix cruciaux. Quand il est temps de partir, ils devront choisir parmi leurs neuf enfants qui va devoir rester sur le carreau. La barque est trop petite pour accueillir tout le monde. Il manque trois places. Qui va rester ?
L'heure du départ a sonné et maman, papa ont pris avec eux six de leurs enfants. Dur. Premier choc de lecture, situation difficilement imaginable.
Nous suivons donc dans un premier temps, les trois laissés pour compte dans leur survie sur leur mince colline où ils ne peuvent qu'observer l'eau qui monte, qui monte, inexorablement. Les amusements et l'absence de règles du début ne sont plus qu'un mauvais souvenir. Il faut se débrouiller pour manger, dormir, occuper les longues journées. Il n'y a plus d'adultes pour vous dire qu'il faut se brosser les dents, ne pas se chamailler, préparer le dîner, raconter des histoires. Ils sont seuls. Heureusement, les parents ont laissé un peu de vivres pour attendre car ils sont sûrs, les parents vont revenir les chercher quand ils auront trouvé les terres hautes. Donc, les trois y comptent et attendent.
Dans la deuxième partie, l'auteur suit l'embarcation à travers une mer tantôt calme tantôt déchaînée. Le temps est imprévisible et la météo constamment instable. La barque divague comme ses occupants. C'est long d'errer sur la mer sans but. Les questions les tarabustent. La mère est prostrée, elle qui a du abandonner une partie de sa progéniture. Elle a du choisir parmi ses enfants, ceux qu'elle a mis au monde, qu'elle a eu tant de mal à extraire de son ventre, à éduquer. Pourquoi eux ? Parce que, a dit le père. Il fallait bien choisir. Au moins, en ramènera t'il six. Un pourcentage de perte en cas de catastrophe naturelle ?
La mère devient folle et ne se résout pas à croire que les trois petits restants sont morts. Alors dans la troisième partie de ce roman, elle va les rejoindre. Seule.

J'ai découvert Sandrine Collette sur le tard, avec son étonnant roman précédent "les larmes noires de la terre" que j'avais beaucoup aimé et qui est actuellement en lice pour le prix polars pourpres. Même si je trouve que l'émotion est un peu moins présente, que parfois il y a des longueurs, l'auteur nous propose un exercice de haute voltige dans lequel elle s'en sort très bien. Les personnages sont bien dressés pour la plupart. Cependant, j'ai trouvé qu'il y en avait trop (quelle idée d'avoir neuf enfants !!), de fait j'ai éprouvé parfois des difficultés à savoir qui était qui et quel âge ils avaient. Obligé tout le temps de me dire : "ah oui, celui-là il a neuf ans, celui ci est comme ci, ou comme ça.". Pas trop grave mais quand même...

Bref, Juste après la vague est un très bon roman, difficile à classer, un peu survival, un peu post-apo, un peu drame mais à découvrir aux éditions Denoël.

De la terre dans la bouche, Estelle Tharreau, Editions Taurnada


De la terre dans la bouche

Les vieux de Mont-Éloi savent pourquoi ils s'aiment ou se détestent, même si les autres l'ignorent. La seule histoire à laquelle il faut croire est celle qu'ils ont écrite au musée de la Chênaie. Elsa refusera cette vérité lorsque sa grand-mère lui léguera une maison perdue dans la forêt, à deux pas d'un village martyr. Guerre. Occupation. Épuration. Quarante années ne seront jamais suffisantes pour oublier et chasser les fantômes du passé !


Elsa reçoit en héritage une bâtisse, La Braconne, nichée près d'un lac dans un petit bled un peu paumé. Il ne lui faut pas longtemps, bien sûr, pour qu'elle se rende sur place et découvre que le cadeau est un peu empoisonné. En guise de villégiatures, elle va se lancer dans une enquête qui la mènera pendant les heures les plus sombres du village. Cette enquête, elle la mènera avec un jeune bourru du coin, Fred. Tous les deux, ils n'hésiteront pas à heurter et à se heurter aux anciens, gardiens du secret.
J'ai découvert Estelle Tharreau grâce à Joël, des éditions Taurnada, avec son premier roman "orage" que j'ai eu l'occasion de chroniquer dans ces pages. J'ai fait l'impasse sur son deuxième roman intitulé "l'impasse" (oui, je sais c'était facile). Pas parce que je n'avais pas aimé le premier mais je n'ai pas eu l'occasion de le lire, tout simplement. Donc, c'est avec plaisir que j'ai retrouvé l'écriture d'Estelle Tharreau. Simple, entraînant, instructif. Pas de fioritures ni de phrases alambiquées qui perdent le lecteur. Elle va droit au but. J'aime ça.
Au niveau de l'intrigue, même si le point de départ n'est pas des plus original, on rentre vite dans le jeu, on suit Elsa dans ses pérégrinations, on a envie de savoir. Le récit se déroule au début des années 80, ce qui facilite bien sûr les liens avec la seconde guerre mondiale. Quarante ans, ce n'est pas suffisant pour oublier, dit l'auteur. Surtout dans ces petits villages qui ont payé un lourd tribut et où tout le monde se connaît. Les secrets sont partagés. Les tabous sont nombreux. Elsa va venir bousculer tout ça.
La force de ce roman est dans le traitement que fait l'auteur entre le bien et le mal. Ce n'est pas manichéen. On comprend bien que pendant la guerre, bien malin aurait pu dire ce qu'il allait faire, devenir. De quel côté aurait-on été ? Quand on est pris au piège, on sauve sa vie ou on reste planté dans ses convictions ? La patrie passerait-elle avant sa famille ? On voit bien ici que la frontière entre le bien et le mal est ténue. Il est si simple de passer de l'un à l'autre côté. C'est ce que je retiendrai de ce roman qui m'a fait réfléchir.
Autre point fort, l'auteur aborde aussi un côté souvent occulté par les manuels d'histoire,  l'histoire, la prostitution en temps de guerre. Intéressant point de vue où la condition des femmes n'était pas très enviable.

De la terre dans la bouche évoque ces sujets graves à travers une enquête passionnante que je ne peux que vous conseiller. Estelle Tharreau est vraiment un auteur à suivre.
Disponible aux éditions Taurnada. 

dimanche 14 janvier 2018

Cujo, Stephen King.


Cujo est un saint-bernard de cent kilos, le meilleur ami de Brett Camber, qui a dix ans. Un jour, Cujo chasse un lapin qui se réfugie dans une sorte de petite grotte souterraine habitée par des chauves-souris.Ce qui va arriver à Cujo et à ceux qui auront le malheur de l’approcher constitue le sujet du roman le plus terrifiant que Stephen King ait jamais écrit. Brett et ses parents, leur voisin Vic Trenton et sa femme Donna, un couple en crise, Tad, leur petit garçon, en proie depuis des semaines à des terreurs nocturnes : tous vont être précipités dans un véritable typhon d’épouvante, un cauchemar nommé Cujo…Publié il y a vingt-cinq ans, Cujo reste une des œuvres majeures de Stephen King, et un classique de l’épouvante.





Les lecteurs de ce blog ont certainement remarqué que Stephen King est l'un de mes auteurs préférés. Il exerce sur moi une sorte de fascination. Peut-être parce qu'il est un conteur remarquable. Peut-être parce qu'il est l'un des auteurs américains qui décrit si bien son pays et qu'il évolue avec son temps. Peut-être aussi parce qu'il a été très souvent adapté au cinéma. Sûrement aussi parce que j'ai grandi avec lui. 
Comme je le disais donc, nombreux sont ses romans ou nouvelles qui sont devenus des films. Certains sont bons, d'autres très bons. Parfois, il y a des films qui méritent le détour mais ne sont pas pour autant plébiscités.  Pendant cette année 2018, je vais essayer de décrypter livres/films afin de donner mon avis. 
Premier de la liste : Cujo. 

Un point sur le livre 

Cujo est l'un des premiers romans de Stephen King. Il a été publié en 1981. Cujo est l'histoire de ce chien, un gentil Terre Neuve, qui après avoir été mordu par une chauve-souris contracte la rage. Il devient fou et va tuer des gens. Stephen King dessine des personnages bien ancrés dans leur monde et aux antipodes les uns des autres. On a le publicitaire surmené, la femme au foyer qui s'ennuie, leur petit garçon en proie à des terreurs nocturnes d'un côté. De l'autre, on trouve un garagiste bourru et taciturne qui mène à la baguette femme et enfant. Et puis le chien. Qui part un affreux concours de circonstances va se retrouver à terroriser une femme et son enfant dans leur voiture. 
Une bonne partie du roman se passe d'ailleurs en compagnie de Donna et de Tad coincés dans la voiture tandis que le chien les guette, les attaque, les attend. 

Cujo est l'un des personnages central du livre. Il est extrêmement bien décrit. Sa lente dégradation, son mal être, son ressenti est parfaitement retranscrit par l'auteur. On souffre avec cette bête. On l'accompagne et on ne peut s'empêcher de l'aimer même s'il devient un monstre sanguinaire. C'est aussi cela qui fait la force de ce roman. 

Cujo est une sorte de huis clos passionnant. Il y a finalement peu de personnages et d'actions mais Stephen King parvient à tenir en haleine le lecteur tout au long de ce (assez court) roman. J'ai frissonné, retenu mon souffle, soufflé et sécher une larme à sa lecture. 

Du coup, je me suis rué sur le film. 

Ma vision du film

On doit le film au réalisateur Lewis Teague (ce nom ne vous dira probablement rien mais il réalisera plus tard Le diamant du Nil et Navy Seal) en 1983. 
Bien qu'il soit donc très ancien, ce film a bien vieilli je trouve. Les acteurs sont convaincants, surtout le chien qui prend une bonne place, la même que dans le film. Il a une bonne bouille, ce chien et on a mal avec lui lorsque le virus se propage dans son corps. On voit sa lente descente aux enfers. Son corps qui se ravage, les yeux qui purulent, le poil qui se graisse, qui devient sale, la bave aux lèvres. On ressent sa souffrance et on comprend qu'il en vienne à attaquer les hommes. 
Quelques scènes sont spectaculaires et plutôt bien fichues avec les moyens de l'époque. Le suspens est bien présent et malgré le fait qu'une bonne partie du film tourne autour de Donna et de son fils coincés dans leur voiture, on ne s'ennuie pas une seconde. 
Evidemment, comme pour toute adaptation, les personnages sont moins fouillés, moins travaillés que dans le roman. Pour autant, je trouve que le film est réussi. 
Pour ceux qui seraient passé à côté en 1983, il est donc à voir. 




mercredi 10 janvier 2018

Bonne année 2018

Puisque j'ai souvent un train de retard, je souhaite à tous mes lecteurs, éditeurs et auteurs une année pleine de rencontres, d'inspirations, de lectures et de frissons !