jeudi 19 juillet 2018

Moteur ! Pascal Louvrier, Editions Tohu Bohu


James Katenberg, scénariste autrefois adulé à Hollywood, attend Eden à sa sortie de prison. Séducteur désabusé et mélancolique, James poursuit en France, avec succès mais sans conviction, une carrière chaotique.
Une sombre histoire de came contraint James et Eden à retourner aux États-Unis, à quitter le ciel perclus de nuages de la vieille Europe pour le bleu presque transparent de l’Ouest américain. James retrouve son ranch, dans un coin paumé du désert de l’Arizona. Mais il retrouve aussi un passé qui le hante…
Pourquoi Robin Bakker, l’agent du FBI protège-t-il James ?
Pourquoi James déteste-t-il l’océan Pacifique ?
Et surtout, pourquoi sa mère, célèbre actrice d’Hollywood, s’est-elle suicidé ce 24 décembre 1962, alors qu’elle était enceinte de neuf mois ?
Toutes ses questions trouvent réponse dans la Vallée de la mort…
Avec Moteur!, Pascal Louvrier nous fait revivre l’âge d’or du cinéma d’Hollywood, entre Technicolor, voitures décapotables et acteurs de légende.


James, scénariste talentueux se morfond en France. Accompagné par Eden qui est folle amoureuse de lui, il décide de retourner aux Etats-Unis. Il veut retrouver l'immensité du désert, la tranquillité de son ranch, le ciel limpide et la possibilité de travailler sereinement, se lancer dans d'autres projets et tourner la page. Pourtant, plus que jamais et plus que n'importe où il va devoir se confronter à son passé. Beaucoup de questions sont en suspens tout au long du roman. Pourquoi est il suivi/protégé par le FBI ? Pourquoi sa mère s'est-elle suicidée alors qu'elle était enceinte ? 
Moteur ! tient autant à son intrigue qui se tisse peu à peu qu'à ses personnages. Je dois dire d'emblée que j'ai bien aimé ce roman pour ces deux aspects. Tout d'abord l'intrigue. L'auteur nous présente succinctement les deux personnages principaux. Le couple improbable James/Eden. Elle l'aime comme un fou, lui l'apprécie. Il ne veut pas dire qu'il l'aime mais on pressent qu'il a de l'affection pour elle. Il a trente ans de plus qu'elle. Elle a fait un séjour en prison, il l'a attendue, est venu la voir au parloir, l'héberge. Donc on peut effectivement penser qu'il éprouve quelques sentiments pour elle. 
Eden est nature, jolie, naïve et surtout très addict à la dope. De leur rencontre on ne sais pas grand-chose. Mais très vite, ils vont s'apprivoiser même si parfois, entre les deux, c'est conflictuel. Après un différend avec des trafiquants, James décide de rentrer aux States. Seul. Finalement, il acceptera qu'Eden le suive. 
Une nouvelle vie sous le soleil de l'Arizona. Eden prend ses marques tandis que James retrouve les siennes. Le trio qu'ils forment avec ..., en quelque sorte le gardien du ranch, fonctionne plutôt bien. Le vieil homme est attaché à James. Et c'est réciproque. 
Mais très vite James se renferme, tourne en rond, ressasse, pique des crises, boit plus que de raison. Il rencontre Bakker, le flic du FBI à plusieurs reprises. Il lui faut des réponses. Sa mère le hante. 
Ce roman se lit vraiment très bien. Les chapitres sont assez courts, l'écriture est fluide et agréable. Ce n'est pas véritablement un thriller même s'il en a l'air. C'est aussi l'occasion de découvrir le monde du cinéma, de Hollywood, des magouilles, de la célébrité. On fait des rencontres : le passage où James rencontre Marlon Brando est anthologique. Je crois que c'est le moment que j'ai préféré dans ce roman. Je revois l'immense Brando comme lorsqu'il joue Kurtz dans Apocalypse Now. Un grand homme, mystique, charismatique, énigmatique mais qui se détruit. Enorme. 
Puis, dans les dernières pages la vérité éclate. C'est bien fichu et passionnant. 
Un très bon roman à découvrir aux éditions Tohu Bohu que je remercie de m'avoir permis de lire. 

Power play, Mike Nicol, Editions du Seuil


Le Cap est une ville de gangsters, de violence et de corruption des élites politiques qui n’a, dans l’histoire du polar, rien à envier au Chicago des années 1930 ou au Los Angeles des romans d’Ellroy.
Deux gangs s’y livrent une guerre impitoyable pour s’approprier le marché de la drogue. La fille de Titus Anders, le vénérable chef des Pretty Boyz, qui essaie de s’acheter une respectabilité tout en blanchissant de l’argent à tout va, a été enlevée par la féroce Tamora, chef des Mongols, le nouveau gang dominant. L’escalade des représailles est sanglante et brutale, les membres des deux clans tombent comme des mouches. Dans le même temps, Krista, qui dirige une agence de sécurité spéciale filles, est contrainte par les services secrets d’accepter un contrat : il s’agit de protéger des Chinois venus investir dans les mines. En réalité, ils convoitent le commerce incroyablement lucratif des ormeaux. Quand il apparaît que les gangs sont manipulés au plus haut niveau de l’État, où se disputent les vrais enjeux financiers, le lecteur soupçonne que la fiction n’est pas forcément très loin de la réalité.
Né en 1951, Mike Nicol vit au Cap. Journaliste, éditeur, auteur anglophone de romans non policiers pour commencer, il se consacre désormais au polar hard-boiled et engagé politiquement. Il est aussi l’auteur d’une biographie autorisée de Nelson Mandela.
« Ce n’est pas juste de la superbe littérature de genre, c’est de la superbe littérature, point barre. » John Connolly

Pour ce nouveau roman du Sud Africain Mike Nicol, on change de personnage et on délaisse le duo qui nous a fait vibrer (Mace et Pylon) pour s'intéresser à la fille de Mace, Krista. Elle devient l'un des personnage principal après avoir repris l'entreprise de son père. Fini les magouilles, fini les coups foireux. L'entreprise de protection et de surveillance est clean, respectable et respectée. Avec Tamy, Krista est devenue grande. Elle est le pilier de la société spécialisée aujourd'hui dans la protection des femmes d'affaires. Tout se passe bien. Jusqu'au jour où Titus, malfrat bien connu du Cap l'oblige à prendre sous sa coupe sa propre fille.
L'homme essaie (du moins en surface) de se ranger, de s'acheter une respectabilité. Mais Krista n'est pas dupe. Elle sait qu'un escroc restera toujours un escroc. Pourtant Titus souffre. On lui fait du mal. Quelqu'un cherche à le rayer de la carte.
C'est risqué, Titus est l'un des trois intouchables de la ville.

Avec une précision chirurgicale, une écriture sans concession, Mike Nicol continue sa dissection de la vie sud-africaine. Loin des clichés post-apartheid, il met le doigt sur les dysfonctionnements, le racisme et les magouilles. C'est toujours très efficace car la nation "arc-en-ciel" n'en a pas encore fini avec son histoire.

C'est violent aussi. L'auteur ne s'embarrasse pas avec les états d'âme, ce qui peut toutefois manquer aux lecteurs. De fait, on a du mal à éprouver de l'empathie pour eux. Tous les personnages semblent dénuer de sentiments. Sauf peut-être Krista, qui est l'une des mieux dessinées. C'est juste le seul point noir à ce livre. C'est sans doute un parti pris de l'auteur et ça ne m'a pas empêché de prendre du plaisir, comme chaque fois avec cet auteur.

Pour autant, il nous offre aussi de belles descriptions d'un pays entre mer et montagne. A la jonction de deux océans puissants. Une idée pour un prochain voyage ? Pourquoi pas ? En tout cas, j'attends avec impatience son prochain livre. Avec Mike Nicol, je n'ai encore jamais été déçu.
Power Play est disponible aux éditions du Seuil.








dimanche 8 juillet 2018

Le souffle court, Frédéric H Fajardie, Editions la Table Ronde




" Toepfer bondit. " Il avait entrevu la silhouette près de la Rolls, juste avant l'explosion. " Il savait, quelque part en lui, que tout était superflu et qu'en cet instant son patron grillait déjà, mais on l'avait dressé à ne jamais laisser échapper une proie. " Passant en courant près d'un épais massif de laurier, il flaira le danger, avec une seconde de retard. " Il fixa dans son esprit, pour une brève éternité, la silhouette d'un homme mince, de type balkanique et correctement vêtu. " Il reconnut même l'arme. " Un croc de boucher qui se planta dans son oeil gauche. " 

Comme son titre l'indique, Le souffle court est un roman très court, qui se lit d'une traite quasiment en bloquant sa respiration. Dans ce livre, initialement édité en 1982 on retrouve le commissaire Padovani et sa bande. flic hors norme, un peu insolent, limite subversif, Padovani n'est pas le bon toutou du Divisionnaire. Il attaque, n'a pas la langue dans sa poche, joue dans l'impoliquement correct, ce prend des baffes, n'hésite pas à contourner la loi et c'est ça qui est bon.
Ici, un gros Richard a été tué, chez lui. Le garde du corps a reçu le même traitement. L'attaque est sauvage et très vite la signature va être connue. Les Yougoslaves sont de la partie.
L'occasion pour l'auteur pour nous décrire un contexte géopolitique explosif bien avant l'éclatement des années 90. Même s'il ne rentre pas dans les détails (et heureusement d'ailleurs) des inimitiés, des amitiés, des coups foireux des forces en présence, Fajardie nous décrit une situation qui dépasse les frontières balkaniques.
On retrouve la galerie de personnages propres à l'univers de Fajardie. Des flics et des méchants. Parfois avec des flics plus méchants que les méchants. "Le souffle court" se lit vite, pas de temps mort, de l'humour et de l'action. Sans oublier la dénonciation de certains faits de l'époque font que ce petit roman, je ne suis pas prêt de l'oublier. Un bon polar que réédite la Table Ronde.

Je connais des îles lointaines, Louis Brauquier, Editions de la Table Ronde

Il existe une légende autour de Louis Brauquier comme autour de Levet, de Toulet et de Larbaud. 
Né en 1900 à Marseille, mort en 1976, agent des Messageries Maritimes, Brauquier fut en poste à Sydney, Nouméa, Alexandrie, Djibouti, Shanghaï et Diégo-Suarez. 
Loin des modes, des écoles et des engouements de son époque, cet homme libre, fier de son métier de négociant, consacra sa poésie au monde maritime, au mouvement des navires, à l'attente dans les ports et à la vie ailleurs. 
Dans son Voyage en Chine, Jules Roy a écrit : «Mon ami Brauquier... connaissait la gloire d'être l'un des plus grands poètes vivants méconnus et s'en trouvait orgueilleusement bien...» 
Louis Brauquier s'impose aujourd'hui comme l'un des plus attachants nomades de la poésie française.




Même si ce blog est consacré principalement aux polars et aux thrillers, j'apprécie d'autres lectures. Un peu (beaucoup ) de poésie fait du bien, surtout celle qui parle des marins qui partent, des océans, des ports, des dockers, des femmes qui attendent, qui se font aimer ou détester. 
Louis Brauquier a bourlingué en France, en Australie, en Egypte. Il a raconté sa vie à travers les gens de mer. Selon Olivier Frebourg, son préfacier, Brauquier est "plus connu des registres des affaires maritimes que des manuels littéraires". Ce qui est bien dommage car on sent dans ses vers le sel marin, les embruns et le vent chaud des mers du Sud. Il y a du Conrad et du Rimbaud. 

Des Navires, dans l'Atlantique,
Sans faiblir ni se dérouter, 
Toute la nuit et les jours d'après, 
Prirent des lignes nostalgiques
Pour obéir aux volontés
De cet homme mort un soir de dimanche
Qui ne devait pas les voir retourner. 


On peut remercier vivement les éditions de la Table Ronde pour leur réédition des poésies complètes de Brauquier et à la lecture desquelles on peut suivre la carrière entière dans les affaires maritimes. 
En fin de volume, on trouvera également avec plaisir "Le cyprès couronné de Myrte", oeuvre provençale qui chante Marseille, la Bonne Mère, la Camargue, la mer et le Vieux Port. 

Tu es la gloire de Marseille, de ma Ville, 
la clarté se levant aux rivages latins. 
Voilà pourquoi mon chant s'élève à son matin
vers toi, peu de fierté tranquille, 
toi qui, malgré la vie âpre et les hommes faux, 
passes, âpre et farouche, comme Dante à Vérone, 
les yeux perdus dans le rêve qui t'environne, 
toi, roi de mes exaltations. 

   Ce recueil complet sera un parfait compagnon pour la plage cet été. Même si certains textes sont empreints de nostalgie et de mélancolie, l'ensemble est plaisant et invite au voyage. 

Les Poésies complètes de Brauquier sont disponibles aux éditions la Table Ronde. 



Sekt, Vincent Ravalec, Editions Tohu Bohu.

Le chef gLe chef gendarme y va de son laïus. Ils ont toutes les raisons de penser qu'il est arrivé quelque chose au fils de la femme ici présente et il précise qu'il serait dans l'intérêt de tous de collaborer. Aucune réponse. Silence de mort. Le jour se lève. Les yeux de la femme s'agrandissent d'horreur, ceux de Serge et de Marie-Hélène de stupeur. Dans le jardin, flottant sur des lambeaux de brouillard, scène d'épouvante, un homme est crucifié. On voit qu'il est encore vivant. Pour Serge, flic déclassé et Marie-Hélène juge fautive, c'est la possibilité du rachat. Résoudre ce mystère démoniaque c'est la rédemption ; échouer, la plongée professionnelle aux enfers. L'Origine du venin est un thriller diabolique au coeur des forces du mal qui nous côtoient dans l'ombre de notre quotidien. 
Un roman qui nous emmène loin, très loin, dès la première page et qui nous laisse pantois à sa conclusion.

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Le roman commence par une scène très forte avec une espèce de messe noire et une crucifixion. Beurk. Le ton est donné. Vincent Ravalec utilise un procédé narratif original et déconcertant à la fois. Sa façon de raconter l'histoire de ses personnages peut rapidement nous faire perdre le fil. On ne vit pas l'instant. Après coup, on apprend ce qu'ils font. De fait, il faut toute sa concentration pour ne pas décrocher.
L'immersion dans la vie privée des enquêteurs met du piment au roman. Serge est en conflit avec son fils qui ne lui pardonne pas le meurtre qu'il a commis. Marie-Hélène vit seule avec sa fille qui cumule les bêtises. AU fil du livre, sans devenir des personnages centraux, leur rôle va déterminer une partie des actes des deux protagonistes. A côté d'eux, l'auteur nous envoie quelque part dans une île du Pacifique (sans doute), en tout cas loin de la France, en compagnie d'un vieux chaman et de son "abruti" de neveu. J'avoue que je me suis demandé ce que ces deux types venaient faire là. Les liens entre eux et les sectes me paraissent bien ténus.  Pourtant, ils jouent un rôle important dans le déroulement de l'histoire.
Pour conclure, je reconnais avoir été un peu déçu par ce roman. La première partie est plutôt bonne et m'a vraiment conquis. En revanche, j'ai trouvé la seconde plus confuse, plus métaphysique. Ce côté m'a gêné et empêché de profiter pleinement du récit. Cela dit, il faut aussi reconnaître le travail énorme de documentation de l'auteur qui s'attache à décrire les processus d'emprises mentales utilisées par les gourous de toutes sortes.
Je surveillerai bien sûr la publication du second tome de cette trilogie. our Serge, flic déclassé et Marie-Hélène juge fautive, c’est la possibilité du rachat. Résoudre ce mystère démoniaque c’est la rédemption ; échouer, la plongée professionnelle aux enfers.
L’Origine du venin est un thriller diabolique au coeur des forces du mal qui nous côtoient dans l’ombre de notre quotidien.
Un roman qui nous emmène loin, très loin, dès la première page et qui nous laisse pantois à sa conclusion.
L’Origine du venin, le premier volume de la trilogie SEKT

dimanche 24 juin 2018

Souvenirs effacés, Arno Strobel, Editions de l'Archipel.



Et si vous aviez été rayée de la mémoire de vos proches ?
  
L’enlèvement de son fils… Sa fuite nocturne a travers le parc… Le coup sur la tête… A son réveil d’un coma de deux mois, Sibylle a l’impression de se souvenir de tout. Elle a 34 ans, vit avec son mari dans une ville voisine.
Étrangement, le médecin a son chevet lui assure qu’elle n’a jamais eu d’enfant. Sibylle décide alors de fuir l’hôpital en pleine nuit pour rentrer chez elle.
Une automobiliste stoppe et la raccompagne jusqu’a son domicile. Mais, lorsque son mari ouvre la porte, il ne la reconnaît pas, malgré les détails intimes qu’elle lui livre.
A qui Sibylle peut-elle faire encore confiance ? Et qui est-elle vraiment ?
Avec Souvenirs effacés, le thriller qui l’a propulse au premier rang des maîtres allemands du suspense, Arno Strobel signe un roman qui vous fera douter de tout, jusqu’au bout.


Une femme se réveille dans une chambre d'hôpital après deux mois de coma. Un médecin lui explique ce qui lui est arrivé. Elle n'y croit pas, s'échappe et va errer à la recherche de la vérité. Dès lors une course va débuter pour celle qui croit être Sybille mais que personne ne reconnaît. Pourtant, elle en a tous les souvenirs.
Arno Strobel, auteur allemand, emmène son lecteur entre Rastibonne et Munich en compagnie de Sybille. Elle va  devoir faire confiance à une vieille dame providentiel, un homme dont la soeur a aussi connu pareille mésaventure et qui cherche la vérité ou encore un policier revêche. Evidemment, comme dans tout bon thriller qui se respecte, tout va aller de travers. Rien ne sera simple et ce que devra affronter Sybille pour avancer ressemblera plus à un parcours du combattant qu'à une tranquille promenade dominicale. Arno Strobel maîtrise tous les codes du thriller : fausses pistes, suspens, révélations parcimonieuses, personnages énigmatiques...
Si j'ai bien aimé dans l'ensemble ce roman, d'un auteur que je n'avais jamais lu auparavant, il ne me laissera pas un grand souvenir (sans faire de jeux de mots avec le titre).
L'écriture est simple, les paragraphes se suivent rapidement, les scènes s'enchaînent les unes après les autres sans temps mort. Ce qui en fait un bon divertissement. Cependant, je n'ai pas ressenti ni de frissons ni d'émotions particulières. Je n'ai pas vraiment eu de l'empathie pour la pauvre Sybille. Je n'ai fait que suivre ses péripéties, avec intérêt certes, mais sans plus. C'est un peu dommage.

 Je ressors de cette lecture avec un sentiment mitigé. C'est un livre avec beaucoup de qualités que j'espère avoir réussi à souligner plus haut mais aussi avec quelques défauts qui m'ont empêché de rentrer pleinement dedans. Je trouve que l'auteur "fait le job" mais je trouve qu'il manque un petit quelque chose,  la flamme qui permettrait à ce roman de passer de la mention bien à la mention très bien.

Je remercie les éditions de l'Archipel pour cette découverte car je ne connaissais pas du tout cet auteur et mis à part avec Sebastian Fitzek, je ne m'étais pas aventuré dans le polar allemand.  

dimanche 29 avril 2018

Nuit sans fin, Preston and Child, Editions de l'Archipel

À FORCE DE TROUVER  DES CADAVRES SANS TÊTE… 
  
Quel point commun entre la fille d’un milliardaire, un ancien avocat véreux, un oligarque russe… ?
Tous ont été assassinés à New York, la cité des ténèbres, la ville de la nuit sans fin.
Tous ont été décapités et leur tête a disparu, comme si l’assassin était une sorte de collectionneur morbide…
  
… PENDERGAST POURRAIT BIEN Y PERDRE LA SIENNE ! 
  
Selon quels critères le criminel choisit-il ses victimes ? Vincent d’Agosta, du NYPD, et l’agent spécial Pendergast, du FBI, sont sur les dents. D’autant que ce dernier pourrait bien être la prochaine cible du tueur.
Une enquête constellée de fausses pistes où intelligence et sens de la déduction seront des atouts capitaux !
  
« Tout comme dans Relic, leur première aventure, d’Agosta et Pendergast sont sur les traces d’un criminel diabolique. Un opus très réussi ! »
Suspense Magazine




Je n'avais encore jamais lu une histoire de Preston and Child (oui, shame on me) donc c'est avec une certaine curiosité et un grand enthousiasme que j'ai débuté la lecture de ce nouvel opus et je remercie vraiment les éditions de L'Archipel pour cet envoi.

Des cadavres décapités sont retrouvés. Les victimes n'ont "apparemment" rien en commun. D'Agosta, le flic de NY et Pendergast, l'énigmatique et flegmatique agent du FBI vont mener l'enquête conjointement. 
Dans une succession de chapitres assez courts, les auteurs nous racontent une histoire où esprit de vengeance et cupidité se mêlent. Les deux enquêteurs sont associés dans une sorte de course contre la montre car les morts se succèdent. Le tueur mène un rythme d'enfer. D'Agosta est malmené par sa hiérarchie, commence à perdre pied et confiance en lui. Il est même prêt à lâcher l'affaire. Toutes les pistes s'amenuisent, se perdent. 
Il est complètement désappointé, d'autant que Pendergast semble progresser sans lui faire part de ses découvertes.
Pendergast est vraiment un personnages singulier. Très riche, il vit dans un immense appartement, roule dans une Rolls Royce conduite par un chauffeur, mange dans les meilleurs restaurant, boit des grands crus. Il ne semble pas à sa place dans ce monde de brutalité, de violence et de vulgarité. Grâce à son intelligence, son expérience (on dit de lui qu'il a fait partie des forces spéciales) et sa réflexion, il parvient toujours à s'en sortir.
Dans "Nuit sans fin", il a cependant trouvé très très fort. Peut-être même plus fort que lui.

Je ne vais pas dévoiler plus de cette histoire. Je découvre ces deux auteurs et ce personnage récurrent avec plaisir. J'ai trouvé que le livre est efficace, on voit que Preston et Child maîtrise leur sujet et les codes d'un bon thriller. Les personnages ainsi que les lieux sont bien travaillés.Les chapitres sont courts ce qui permet d'avancer rapidement dans le récit.
Pour les connaisseurs, je pense qu'ils trouveront aussi que ce livre est réussi car l'enquête est passionnante et Pendergast reste toujours aussi mystérieux.

A découvrir aux éditions de l'Archipel. 

jeudi 12 avril 2018

Sale boulot, Larry Brown, Editions Gallmeister


Braiden Chaney n’a plus ni jambes ni bras. Walter James, lui, n’a plus de visage. Ils les ont tous les deux été mutilés au Vietnam. L’un est noir, l’autre est blanc. Vingt-deux ans plus tard, ils se retrouvent dans la même chambre d’un hôpital pour vétérans dans le Mississippi. Au fil d’une très longue nuit, ils se racontent ce qu’ils étaient, ce qu’ils sont devenus, ce qu’ils pourraient devenir et, surtout, ce qu’ils attendent l’un de l’autre. En une nuit, tout est dit sur la guerre – seul lien entre ces deux hommes que tout oppose – et ce qu’elle fait subir aux soldats. En une nuit, tout est dit sur la souffrance, sur la mort et la compassion.



Un homme tronc, un autre défiguré se retrouvent dans la même chambre d'hôpital une longue, très longue nuit. Les deux rescapés de la guerre du Vietnam vont se raconter leur vie autour de bières, de somnolence, de somnifères et de bavardages. Ils se racontent, se dévoilent, se mettent à nu.

Braiden rencontre Walter. Deux êtres abîmés par la guerre. Deux êtres abandonnés. L'un vient de passer 22 ans allongé sur un lit. Dépendant des soignantes et notamment de sa soeur. L'autre déboule, on ne sait pas trop pourquoi il vient à ce moment-là.
Chacun pense que l'autre souffre plus que lui.
Il n'y a aucun avenir pour aucun d'entre eux et pourtant, ils tirent encore des plans sur la comète, refusent de s'apitoyer sur leur sort, pensent au futur, ressassent le passé.
Les champs de coton, la mobilisation, l'envie de combattre et puis... la blessure, les mois et les années d'hôpital, le repli sur soi, le monde extérieur qui s'éloigne de plus en plus.
La construction de ce roman est intéressante également et est faite à accrocher le lecteur. Les chapitres sont assez courts et à chacun d'entre eux, le narrateur change sans jamais que cela soit indiqué. Il faut donc être vigilant pour bien reconnaître celui qui parle.

Ce "Sale boulot" peut aussi être considéré comme un pamphlet contre la guerre. Incomprise des soldats qu'on envoie au front, se faire tailler en morceau par un ennemi qui ne comprend pas plus les motivations des dirigeants. On leur dit de se battre, alors ils se battent, blessent, tuent parfois. Et reviennent blessés, meurtris.

Je n'avais encore jamais lu de livre de cet auteur décédé subitement en 2004 que les éditions Gallmeister ont la bonne idée de rééditer. Essai réussi. C'est noir, sombre et aussi plein d'espoir. Bien sûr, cela donne envie de découvrir l'oeuvre de Larry Brown.



mardi 10 avril 2018

Les limbes, Olivier Bal, éditions De Saxus


Vietnam, 1970. James Hawkins est une jeune recrue. Durant un assaut, il prend une balle dans la tête et croit mourir. Après un mois de coma, et tandis qu'il essaie de se rétablir dans un hôpital de Saigon, il découvre que quelque chose s'est éveillé en lui. Ses nuits deviennent des épreuves, son sommeil et ses rêves ne lui appartiennent plus. Désormais, lorsqu'il dort, il visite les songes des autres... Seuls les médicaments l'empêchent de rêver. Un an plus tard, un ancien frère d'armes, Nate Irving, vient frapper à sa porte. Il est venu le chercher pour participer à un projet secret sous la supervision de la CIA : Les Limbes. Direction une base perdue au fin fond de l'Alaska où James, accompagné d'autres individus dotés des mêmes capacités, va commencer à maîtriser ses aptitudes. Il découvrira ainsi qu'il peut non seulement explorer les rêves d'inconnus mais surtout en prendre le contrôle et les modifier. Mais certaines portes devraient rester fermées à jamais... 



Tout commence donc pendant la guerre du Vietnam. James qui vient d'arriver sur le champ de bataille, se prend une balle en pleine tête. Pour lui, la guerre se termine. Du moins, en direct. 

Sur son lit d'hôpital, pendant les longs mois de rééducation, des rêves viennent le tourmenter, le hanter. Il s'aperçoit qu'il s'agit finalement de rêves prémonitoires ou du moins, qu'il peut entrer dans les rêves de quelqu'un. 
Repéré par la CIA, sa vie va alors prendre un nouveau tournant. Il est envoyé en Alaska, loin de la ville, de l'humanité. En dessous, dans cette base militaire souterraine, des explorations d'un genre nouveau sont testées sur James. Entrer dans les rêves des autres, manipuler ces personnes, voici maintenant son rôle. 

Olivier Bal écrit ici son premier roman, initialement paru en 2015 en auto-édition, il prend un nouvel envol avec cette parution aux éditions De Saxus. 
Son écriture est plutôt plaisante et fluide. Il maîtrise bien l'art du suspens car il nous met l'eau à la bouche sans en dévoiler trop. Juste au compte-goutte. Bien comme il faut. 

Plusieurs parties dans ce roman que je trouve assez inégales. J'ai bien aimé la première partie. Le contexte de la guerre du Vietnam est assez intéressant. L'auteur parle des combats, évoque la peur des soldats, le sort des blessés mais sans vraiment creuser le sujet, ce qui est dommage. Cependant, ce n'est pas vraiment le but de ce roman. Donc, je pardonne à l'auteur. 

Dans une seconde partie, James est embauché pour participer à une expérience hors du commun. Ce qui devient très intéressant, c'est qu'il se sert de ses "pouvoirs" pour entrer dans la guerre. Comme un espion infiltré dans les lignes ennemies. Sauf qu'ici, c'est dans le cerveau endormi de ses ennemis qu'il entre pour mieux les manipuler. Personnellement j'ai bien aimé cette (petite) partie. 
Ensuite, on entre dans le vif du sujet. Les expériences médicales. Les souterrains. Les secrets. James doit vivre sous la terre. Entouré de scientifiques et de militaires et il va découvrir un monde inconnu de tous. Un monde dont il devra repousser les frontières. Mais ce qui pourra lui arriver dans ce monde ci aura des répercussions dans Son Vrai Monde. 

La dernière partie, qui débute environ à la page 280 (du moins à mon sens) est la moins bonne et je l'ai moins appréciée que le reste du roman. Bien sûr, le rythme s'accélère, s'intensifie. Le dénouement est proche mais dans les 120 dernières pages, il y a beaucoup de clichés. Les scènes sont assez prévisibles. On se croirait parfois dans "The Thing" avec des scientifiques bloqués par la glace, loin de tout moyen de communication. Parfois aussi, j'ai eu l'impression de naviguer dans "Silent Hill", ce qui n'était pas pour me déplaire mais bon, je ne voulais pas d'un remake littéraire de ce film. 
C'est (encore une fois) dommage car le récit aurait mérité meilleur traitement. La fin est aussi assez prévisible et peu originale. 

Pour conclure, "Les Limbes" est un roman intéressant mais qui aurait pu être meilleur. Au final, j'en ressors avec un sentiment mitigé. J'ai bien aimé la majorité du livre mais le dernier quart m'a vraiment déçu. En tous les cas, Olivier Bal est un auteur que j'aurai plaisir à suivre. 

mardi 3 avril 2018

La femme à la fenêtre, A.J. Fini, Presses de la cité.


Séparée de son mari et de leur fille, Anna vit recluse dans sa maison de Harlem, abreuvée de merlot, de bêtabloquants et de vieux polars en noir et blanc. Quand elle ne joue pas aux échecs sur internet, elle espionne ses voisins. Surtout la famille Russell – un père, une mère et un adorable ado –, qui vient d’emménager en face. Un soir, Anna est témoin d’un crime. Mais comment convaincre la police quand on doute soi-même de sa raison ?
« La Femme à la fenêtre appartient à ce type de livres singulier qu’il est impossible de lâcher. » Stephen King
« Stupéfiant. Palpitant. Finn nous offre un thriller digne de ce nouveau millénaire. » Gillian Flynn
« 10/10 sur l’échelle du twist ! » Val McDermid
« Une oeuvre sombre au dénouement époustouflant. » Ruth Ware










Bien sûr le pitch fait irrémédiablement penser à "Fenêtre sur cour", d'ailleurs, c'est ce film qui a inspiré l'auteur. Anna Fox, pédopsychiatre est seule, cloîtrée chez elle. Elle souffre d'agoraphobie. Elle ne peut plus mettre un pied dehors sous peine d'être prise de vertige, de malaise. Alors, elle boit du vin rouge, joue aux échec sur internet et prodigue moult conseils psy sur un forum en ligne.
Anna a aussi un passe-temps : elle espionne ses voisins par le biais de son appareil photo. Jusqu'au jour où elle va être témoin d'un crime.
A partir de ce moment, l'histoire prend une nouvelle dimension. Anna Fox va perdre pied petit à petit. Elle est-elle vraiment certaine de ce qu'elle a vu ? Elle qui s'abrutit au vin rouge et qui l'accompagne allègrement de somnifères et d'anxiolitiques. Elle perd donc les pédales et ne trouve aucun réconfort.

L'auteur dresse le portrait d'une jeune femme malade, paumée, séparée de sa famille qui pourtant pourrait bien lui rendre service.

Elle se passe en boucle les grands films classiques en noir et blanc. Et c'est d'ailleurs cela que la police retient. Les inspecteurs qui viennent chez elle ne croient pas à son histoire. Elle tourne donc en rond.

Pour son premier roman, l'auteur nous fait passer un agréable moment. Les cinq cent et quelques pages se lisent rapidement et l'écriture est plaisante. J'ai accroché immédiatement à son style et j'ai voulu en savoir plus à chaque page. Le personnage d'Anna Fox est bien sûr le plus travaillé. On sent une douleur chez cette femme et on aimerait lui dire d'aller de l'avant, elle qui est psy. Mais elle n'y parvient pas et on souffre avec elle. On aimerait croire à son histoire mais on doute également.
Les autres personnages ne sont pas en reste non plus, ils ont tous leur lot de mystères, de fêlures et de secrets. Comme les Russel et leur ado. Leurs relations semblent tendues mais la mère est si gentille !

C'est plutôt habile et je n'ai pas vu le coup de théâtre arriver. La fin est tragique, travaillée et surprenante. Ce roman est une excellente surprise de ce début d'année 2018.
Disponible aux éditions Presses de la cité.