vendredi 26 juillet 2019

Robicheaux, James Lee Burke, Editions Rivages

ROBICHEAUX


Traduction : Christophe Mercier.

Dave Robicheaux découvre qu'il est peut-être l'auteur du meurtre sur lequel il enquête. Plus que jamais c'est un homme hanté par des fantômes...




Lire James Lee Burke c'est l'assurance d'avoir un très bon roman entre les mains. Lire un Robicheaux, c'est être sûr de passer un bon moment. Pour l'été, les pieds en éventail, allongé sur la serviette, le sable qui colle à la peau et l'écriture de l'orfèvre du Sud des Etats-Unis, James Lee Burke. 

Pour ce nouvel opus (je n'aime pas trop ce terme mais je n'ai pas trouvé un autre pour le remplacer), on retrouve donc notre Dave en proie à quelques remords. Sa fille Alafair a quitté le cocon familial depuis un moment, elle a grandi et maintenant vit des romans qu'elle écrit. Sa femme Molly a succombé deux ans auparavant à un accident de la route (décidément, Dave n'a pas de chance avec les femmes) et Dave broie du noir. Et le voilà qu'il refait connaissance avec son ennemi de toujours : l'alcool. Après des années d'abstinence, de réunions aux AA, il replonge. 

Au petit matin, il retrouve des traces sur ses mains. Ses empreintes sont retrouvés près du cadavre de l'homme qui a percuté Molly. Naturellement, il va être accusé de meurtre. Dave a oublié qu'il l'a fait, tellement il était bourré. Mais Dave sait aussi qu'il n'a pas pu le faire. 

Dans ce roman, Dave va s'adjoindre les bons et loyaux services de son acolyte Clete Purcell qui transporte toujours avec lui son lot d'emmerdes. Quand Dave et Clete sont ensemble, il est fort à parier que ça va secouer chez les escrocs minables, les ronds de cuir, les corrompus et les trafiquants. 

Ici aussi on a notre lot de méchants et politicards véreux. Tout se beau monde se côtoie dans une ambiance bien glauque, dans les bayous de Louisiane, à New Ibéria, comme Burke sait bien nous le décrire depuis la première enquête de Robicheaux, la pluie de néon. 
Avec le lyrisme et la poésie qui le caractérise, Burke nous livre un nouveau roman de toute beauté. Il n'est pas seulement un grand maître du polar, il est aussi (doit-on encore le rappeler ?) l'un des meilleurs auteurs américains, celui qui dépeint une frange de la société oubliée au fond des marais. 

A Los Angeles,  nous avons Ellroy. 
A La Nouvelle Orléans, nous avons Burke. Il connaît par coeur sa ville, décrit les personnages avec précision, les us et coutumes des cajuns. C'est précis et passionnant. Tout est gris ici. On flirte avec la légalité. Rien n'est simple, tout est compromis. 

Robicheaux, un roman à dévorer sur la plage cet été (même s'il est un peu lourd) car ses 500 pages s'avalent en un rien de temps ! 
Disponible aux éditions Rivages. 

vendredi 19 juillet 2019

La ferme des animaux, Georges Orwell, Folio.


Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux. Les cochons dirigent le nouveau régime. Snowball et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement : "Tout ce qui est sur deux jambes est un ennemi. Tout ce qui est sur quatre jambes ou possède des ailes est un ami. Aucun animal ne portera de vêtements. Aucun animal ne dormira dans un lit. Aucun animal ne boira d'alcool. Aucun animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux."Le temps passe. La pluie efface les commandements. L'âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer : "Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d'autres."»



Petite lecture d'été facile, toujours les pieds en éventail sur la serviette posée sur le sable, l'occasion de (re)lire ce court roman de George Orwell, publié en 1945. La ferme des animaux a été conçu, selon l'auteur lui-même, comme une satire de la révolution russe. 
En 150 courtes pages, Orwell décrit la prise de pouvoir d'une ferme par les animaux. Ensemble, ils chassent les humains propriétaires, édictent de nouvelles règles. Emergent un chef, puis une certaine hiérarchie. L'utopie s'arrête là puisque les animaux se rendent peu à peu compte qu'il faut travailler dur pour survivre. Les cochons sont devenus les "penseurs" de cette petite société. Ils dirigent, conseillent, dictent les lois. A leur tête, Napoléon. Un cochon intelligent et malin. 

Beaucoup de thèmes sont abordés dans "la ferme des animaux" et il peut être donc lu de différentes manières. Fable animalière, autarcie des micro-sociétés, ou bien sûr satire des régimes totalitaires et culte de la personnalité. Evidemment, Orwell comptait égratigner Staline sous la personnalité de Napoléon et sa police désignée par les 9 molosses qu'il a enlevés à la naissance et élevés secrètement.  

Les règles édictées au début du soulèvement et inscrite sur un mur sont modifiées régulièrement. Comme peu d'animaux savent réellement lire, c'est le porte-parole de Napoléon, Brille-Babil, qui se charge de la communication. Comme Molotov en son temps ou bien Goebells en Allemagne. C'est le ministre de la propagande. C'est lui qui "chante" le génie de Napoléon, justifie ses actes, explique les décisions et incite les membres de la communauté à travailler dur, encore plus dur. 

Après avoir beaucoup entendu parler de ce roman, je ne l'avais encore jamais lu. Au détour d'un passage dans une bibliothèque, je suis tombé par hasard dessus. Pas déçu, c'est un livre intelligent et qui incite à la réflexion sans pour autant être difficile d'accès. En effet, le fait d'utiliser la fable animalière le rend très accessible. Parfait pour la plage cet été. 

jeudi 11 juillet 2019

Lou après tout, Jérôme Leroy, Editions Syros


 
Une odyssée pré- et postapocalyptique d’un réalisme extrême. Fascinant, remuant, vibrant.
Lorsque la civilisation s’est effondrée, le monde allait mal depuis longtemps. Bouleversements climatiques, émeutes, épidémies inquiétantes et dictatures... c’était un monde en bout de course, où l’on faisait semblant de vivre normalement. Le Grand Effondrement était inévitable, mais nul n’aurait pu imaginer ce qui allait suivre.
Quinze ans plus tard, Lou et Guillaume font partie des survivants. Elle est adolescente, lui a une trentaine d’années. Il l’a recueillie quand elle était toute petite. Réfugiés dans une ancienne villa perchée sur un mont des Flandres, ils savent que le danger peut surgir à tout instant. 
 
 
Sous-titré "le grand effondrement", Lou après tout est le premier roman de la trilogie post-apocalyptique de Jérôme Leroy, publié chez Syros éditions. 
Paru récemment, je me suis plongé avec plaisir dans ce roman qui met en scène Lou, une jeune fille qui a grandi dans un monde en destruction et Guillaume, qui l'a recueilli. Ensemble, ils parcourent le nord de la France, tentent de survivre et de résister aux attaques des zombies désignés ici par les termes de "Cybs" et les" bougeurs". Certains sont contagieux. Les uns sont extrêmement rapides alors que les autres sont plus lents. 

Ce premier tome se déroule sur deux périodes. Jérôme Leroy prend son temps pour décrire les quelques semaines qui précèdent le "grand effondrement", pour bien que le lecteur comprenne comment la civilisation moderne a pu en arriver là. Ce qui manque souvent d'ailleurs aux romans et films post-apo. 

Ici, on suit surtout Guillaume, l'auteur nous dresse son parcours, la Séparation, les premières victimes, les multiples dépressions, les lois totalitaires, les gens du "Dehors", la survie... ce qui lui permet d'évoquer plusieurs thèmes d'actualité comme le réchauffement climatique, la protection des données personnelles, l'inhumanité des relations personnelles ou encore les épidémies et maladies liées aux nouvelles technologies. Le portrait est sombre mais pas (encore) désespéré. 

La relation entre Lou et Guillaume est le ciment de ce roman. Le jeune homme devient un homme, écartelé entre son amour pour la poésie et l'obligation d'user de violence pour survivre et protéger Lou. Comme un père avec sa fille. Il l'a recueillie petite, il se doit de la faire grandir le mieux possible. Mais au fil du temps, Lou n'est pas hantée par un passé confortable. Elle n'a connu que désolation et chaos et au final, elle s'en sort très bien. Elle n'a pas ces états d'âmes. 

En revanche, je n'ai pas pu me détacher quand même de la série "The Walking Dead". les Cybs et les Bougeurs sont certes différents, il n'en reste pas moins qu'ils sont des zombies contaminés et contagieux. De plus, pour les tuer il faut leur tirer dans la tête. Je trouve dommage que l'auteur soit tombé dans cette facilité car les comics et la série ont eu tellement de succès qu'on est obligés d'y faire référence. 
 
J'ai bien aimé ce roman post apocalyptique car il laisse la part belle aux sentiments, les survivants ont encore de l'humanité et l'envie de relations sociales. De plus, on retrouve tous les ingrédients pour passer un bon moment : de l'action, du suspens, de l'émotion. 
 Je conseillerais ce livre pour les jeunes de 13 à 99 ans. A lire sur la plage cet été. 
 


dimanche 23 juin 2019

Kahawa, Donald Westalke, Editions Rivages/noir.


  • Voler six millions de dollars sous forme de grains de café, qui dit mieux ? C'est ce que se proposent de faire Lew Brady et Frank Lanigan. Ils vont monter le hold-up du siècle : s'attaquer à un train de marchandises transportant une récolte de café. Nous sommes en Afrique orientale, en 1977. Idi Amin Dada règne sur l'Ouganda et nombreux sont ceux qui voudraient le voir tomber... Westlake nous embarque dans un grand roman d'aventures où se mêlent érotisme, violence, exotisme et, bien sûr, humour.


    En 1997, sortait Kahawa, un grand roman d'aventure dans l'Afrique de la fin des années 70. Aujourd'hui, les Editions Rivages nous offrent une réédition de ce roman. Nouvelle couverture mais pour la traduction, on est toujours en face de celle de Jean Patrick Manchette. 
    Le récit se déroule principalement en Ouganda même si il y a quelques incursions à Londres ou au Kenya. Lew est un mercenaire qui a passé l'essentiel de sa carrière sur le continent africain. Ellen, sa fiancée du moment et pilote est embauchée en même temps que lui pour participer à un hold up de grande envergure, voler un train de marchandise rempli de café appartenant au despote du moment, Amin Dada. 
    Ce long roman (620 pages), est dense mais facile à lire. Il fait la part belle à une série de personnages singuliers. Pour ne citer que quelques uns, on trouve le coléreux Franck, le commerçant Balim, la vénéneuse et intrigante Patricia, le naïf Sir Denis, le fourbe Baron Chase et le tyran Amin Dada bien sûr. 
    Westlake profite de ce livre pour écorcher au passage celui qui se voulait "président à vie" et décrire certaines de ses exactions, comme le meurtre de l'archevêque sous un coup de colère ou de celui de l'otage du Boeing Dora Bloch. Au coeur de ce roman, on découvrira donc des scènes réelles commises par le gouvernement de Amin Dada. Sa police secrète et le SRB, les enlèvements, tortures et meurtres arbitraires, ses magouilles et sa corruption. On est fin 70 en Ouganda et les dirigeants européens se sont peu à peu écartés de ce président violent. 
    On pourrait en dire encore beaucoup tant il y a de personnages dans Kahawa mais l'intrigue principale reste toutefois assez simple. Bon d'accord, parfois je me suis demandé quel rôle pouvait bien avoir tel ou tel personnages mais au final, tout s'imbrique plutôt bien. Jusqu'à la fin rocambolesque et humoristique parfois, dans l'avion d'Ellen. 
    J'ai beaucoup aimé Kahawa, pour toutes ces raisons : l'exotisme des paysages, les personnages singuliers, l'invraisemblance du hold  up et le contexte historique. 
    Un roman des éditions Rivages à emporter dans le sac de plage cet été.


jeudi 6 juin 2019

London Nocturne, Cathi Unsworth, Rivages Noir.


Londres, en février 1942. La ville est sous le régime du couvre-feu. Au milieu des ruines et des bombardements, une vie nocturne continue dans les pubs, clubs et autres music-halls. Des lieux où se presse une population avide d’échapper à la guerre mais où rôdent toutes sortes d’individus louches, escrocs,  journalistes à l’affût du scandale, cartomanciennes, joueurs professionnels et trafiquants du marché noir. L’inspecteur Greenaway, ancien de la brigade des jeux, connaît cette faune par coeur. Mais il y a autre chose: dans la nuit, un tueur sème la panique en tuant et mutilant ses victimes…


Une rapide recherche sur internet m'apprend que Cathi Unsworth dont je n'avais jamais entendu parler est une critique rock et une auteur britannique. Elle a publié à ce jour cinq romans dont quatre d'entre eux chez Rivages. Autant dire qu'elle a donc de l'expérience. 
Le pitch m'a plu tout de suite. J'ai été immédiatement attiré par l'ambiance du livre, le Londres dévasté par les bombes de la seconde guerre mondiale, les malfrats qui continuent leurs activités frauduleuses, des meurtres en série. Un cocktail détonnant ! 
Une femme est trouvée morte, mutilée. L'inspecteur Greenaway est chargé de l'enquête. Le policier est un peu mystérieux. Et c'est ce qui est dommage, on n'en apprend peu sur lui. Il semble toutefois bien connaître les bas-fonds de sa ville ainsi que les parasites qui la gangrènent. Le monde de la nuit, il connaît bien. Il a fréquenté et mis en prison nombre d'escrocs en tout genre. 
Pendant un bon tiers du livre, j'ai été pris par la lecture mais sans toutefois ressentir un choc. J'ai trouvé qu'il manquait un peu de piment ou au moins de sel. Et puis, le récit prend de l'intensité. Les personnages se multiplient et s'étoffent. L'auteur nous présente des personnalités étonnantes et aux relations parfois ambiguës. 
C'est ce qui fait aussi la force de ce roman. Des personnages travaillés dans une ambiance de guerre où (besoin est-il de le rappeler ?) certains en profitent pour se faire de l'argent. 
London Nocturne prend aussi parfois des airs de chasse à l'éventreur. Cela nous rappelle bien sûr le fameux Jack de White Chapel. Son ombre plane tout au long du roman. Les habitants y pensent, auraient voulu l'oublier. Mais le mal est revenu. 
Alors, certes on a découvre le tueur assez tôt mais l'auteur nous embarque avec elle jusque dans les dernières pages. Car son arrestation ne signe pas la fin du roman. D'autres rebondissements nous attendent. 
Extrêmement bien documenté, ce livre est aussi un témoignage de la vie londonienne sous les bombes du Reich.  L'auteur nous gratifie d'ailleurs de plusieurs pages de remerciements ce qui nous permet de suivre son cheminement dans son écriture. Très intéressant. 

Je vous conseille donc la lecture de ce London Nocturne qui vient de paraître aux éditions Rivages et traduit par Isabelle Maillet. 

vendredi 10 mai 2019

Wendy et la boîte à boutons, Stephen King, Richard Chizmar, Le livre de poche.


Trois chemins permettent de gagner Castle View depuis la ville de Castle Rock : la Route 117, Pleasant Road et les Marches des suicidés. Comme tous les jours de cet été 1974, la jeune Gwendy Peterson a choisi les marches maintenues par des barres de fer solides qui font en zigzag l’ascension du flanc de la falaise. Lorsqu’elle arrive au sommet, un inconnu affublé d’un petit chapeau noir l’interpelle puis lui offre un drôle de cadeau : une boîte munie de deux manettes et sur laquelle sont disposés huit boutons de différentes couleurs.
La vie de Gwendy va changer. Mais le veut-elle vraiment ? Et, surtout, sera-t-elle prête, le moment venu, à en payer le prix ? Tout cadeau n'a-t-il pas sa contrepartie ?
J’adore cette histoire.    J. J. Abrams.
Une nouvelle captivante par le grand maître de l’horreur.  Publishers Weekly.
Édition illustrée dont 4 illustrations inédites.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Pagel.




Avant Elevation, chronique juste avant, Le livre de poche publiait un autre court roman de Stephen King en collaboration avec Richard Chizmar : Wendy et la boîte à boutons. 
Recherche rapide : Chizmar est le fondateur d'une revue qui publie des nouvelles d'horreur dont celles de Stephen King et de Dean R Koontz. Rien que ça ! 

Gwendy est une jeune fille pas vraiment bien dans sa peau. Tous les jours, elle escalade un escalier à flanc de montagne. Un jour elle fait la connaissance d'un type un peu bizarre avec qui elle finit par discuter. L'homme lui confie une boîte sans vraiment lui en expliquer la raison. Il dit qu'elle a été choisie.
Sitôt redescendue chez elle, elle va découvrir que cette boîte possède des certains pouvoirs.
Le récit est court mais il s'étale sur plusieurs années. On balaie ainsi l'adolescence et le début de l'âge adulte de Gwendy. Cadeau ou fardeau ?

Ce roman permet à King et Chizman de nous interroger sur la vie et les choix que l'on peut faire. Tout n'est pas blanc, tout n'est pas noir. Tout est nuance. Rien n'est facile à porter et chaque choix que l'on fait a des conséquences. C'est ce que Gwendy apprendra, parfois à ses dépens.

Un inédit publié en France directement au Livre de poche. Pour les connaisseurs, vous aurez plaisir à retrouver Stephen King dans ce qu'il sait faire de mieux : raconter une histoire. Pour les autres, il s'agit d'une entrée en matière facile pour pénétrer le monde Kingien. 

mercredi 24 avril 2019

Elevation, Stephen King, Le livre de poche.


Dans la petite ville de Castle Rock, les rumeurs circulent vite. Trop vite.
C’est pourquoi Scott Carey ne veut confier son secret à nul autre que son ami le docteur Bob Ellis. Car avec ou sans vêtements, sa balance affiche la même chose, et chaque jour son poids diminue invariablement. Que se passera-t-il quand il ne pèsera plus rien ?
Scott doit également faire face à un autre problème : les chiens de ses nouvelles voisines ont décidé que sa pelouse était le lieu idéal pour faire leurs besoins. Entre le couple et Scott, la guerre est déclarée. Mais lorsqu’il comprend que le comportement des habitants de Castle Rock, y compris le sien, envers les deux femmes mariées met en péril le restaurant qu’elles ont ouvert en ville, il décide de mettre son « pouvoir » à contribution pour les aider.
Un roman joyeux, exaltant et teinté de tristesse. Entertainment Weekly.
Édition illustrée.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Pagel.
  

Scott devient de plus en plus léger. Chaque jour, il se pèse et s'aperçoit qu'il perd du poids. Il se sent bien, très bien même. Dans la ville fétiche de Stephen King, Castle Rock, cet homme ne sait pas ce qu'il lui arrive. Mais cela n'a pas l'air de l'angoisser. Il vit la chose simplement.
Parallèlement, il va se lier d'amitié avec ses voisines, couple fraîchement arrivé en ville, qui tiennent un restaurant qui marche mal. En cause, leur homosexualité. Scott va alors entreprendre de les aider.
Mais lui-même ? Seront-elles capables de lui donner un coup de main ?

Ce (trop) court roman est sorti directement au Livre de Poche et est dédicacé à Richard Matheson. On comprend très bien pourquoi au fur et à mesure de la lecture. En effet, Elevation peut être vu comme un hommage à cet auteur et son fameux "L'homme qui rétrécit" publié en 1956 et qui raconte l'histoire d'un homme, exposé à une brume radioactive, qui constate après cet événement qu'il perd du poids et qu'il rétrécit inexorablement. L'hommage est évident ici.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Stephen King évoque Richard Matheson qui est l'un de ses auteurs favoris et en qui il a puisé son inspiration.
En 2015, King et son fils Joe Hill lui ont rendu hommage à travers un court roman "Plein Gaz" qui reprenait la trame du célèbre "Duel" adapté au cinéma par Spielberg.

J'ai beaucoup aimé ce livre car il est frais, parle de valeurs humaines, comme la solidarité et l'amitié, et on n'y trouve aucune violence ni animosité. C'est sympathique et un peu triste à la fois. De quoi passer un bon petit moment.

vendredi 12 avril 2019

Ceux que nous avons abandonnés, Stuart Neville, Rivages/Noir


Ceux que nous avons abandonnés

Stuart Neville


Fabienne Duvigneau (Traducteur)
Ciaran Devine avait 12 ans quand il avait avoué le meurtre de son beau-père. A l’époque, le sergent Serena Flanagan avait recueilli sa confession après avoir gagné sa confiance. Sept ans plus tard, Ciaran retrouve la liberté mais Paula, l’officier de probation chargée de lui, soupçonne que toute la vérité n’a pas été révélée dans cette affaire. Ciaran était jeune et influençable. Lorsque Paula fait part de ses doutes à Serena Flanagan, c’est le début d’une remontée dans un passé enfoui qui n’a pas fini de blesser tous les protagonistes de ce drame…


Je n'avais encore jamais lu de roman de l'Irlandais Stuart Neville et autant dissiper tout suspens dès le début, plongez-vous sans hésiter dans "Ceux que nous avons abandonnés".
Le récit m'a tout de suite fait penser au roman de Jonathan Trigell, Jeux d'enfants (Boy A), paru chez Gallimard en 2004. Le point commun : des enfants meurtriers qui vont purger une peine de prison et dont on va suivre le chemin après leur libération. Si dans le livre de Trigell, "on a tous droit à une seconde chance",  ici ce qui prime c'est la recherche de la vérité. Car l'agent de probation Cunningham et l'inspectrice chef Flanagan sont persuadées que Ciaran s'est accusé du meurtre pour protéger son grand frère. Les trois quart du roman sont plutôt axés sur la relation entre les deux frères, sur leur personnalité ainsi que sur l'enquête des deux femmes.
Dans la dernière partie, tout s'accélère. On est dans le thriller. Du suspens, de l'action et des rebondissements. Et bien sûr, Stuart Neville nous tient en haleine jusqu'au bout.
Côté écriture, c'est fluide. Les paragraphes bien structurés sont courts, ce qui nous retient en haleine.
Le zoom sur les personnages est également très intéressant. Les deux femmes, protagonistes principales, ont un passé douloureux. Cunningham est hantée par une ancienne histoire d'amour, vit avec le fantôme de son ex-compagne dans sa maison, seule avec son chien.
Flannagan est plus écorchée. Mentalement mais aussi physiquement. Elle se remet d'un cancer du sein, reprend du service après des mois d'arrêt. Les relations avec son mari sont tendues. Il faut réapprendre à vivre, et avec ce nouveau corps dont les mutilations ne laissent aucun répit. Donc, Flannagan n'est pas forcément drôle, on la comprend, ni délicate. Elle fonce dans le tas même si cela doit mettre sa carrière en péril.

J'ai beaucoup aimé ce roman, très humain, terrifiant. Les deux frères sont aussi énigmatiques l'un que l'autre. On ne sait jamais vraiment qui ment, qui dit la vérité. Roman noir, thriller, polar, humaniste : Ceux que nous avons abandonnés est tout ça à la fois. Un vrai tour de force !
Ce roman est à découvrir aux éditions Rivages/noir, que je remercie et particulièrement Audrey. 



dimanche 31 mars 2019

Annabelle, Lina Bengtsdotter, Marabout édition, Black lab.



Présentation de l'éditeur : 

En quittant Gullspång à l'âge de 14 ans, Charlie Lager s'était juré de ne plus jamais y retourner. Mais cette petite ville perdue au coeur de la Suède, où chômage et alcool ont peu à peu érodé tout espoir d'un avenir meilleur, est aujourd'hui sous le feu des projecteurs.
Annabelle, 17 ans, a disparu au cours d'une fête à laquelle elle avait pourtant interdiction de participer. Cela fait quatre jours qu'elle n'a plus donné signe de vie.  

Devenue inspectrice à la brigade criminelle de Stockholm, Charlie est envoyée sur place pour enquêter. Fugue, enlèvement, suicide, meutre ? Toutes les hypothèses sont permises. Toutefois une chose est sûre : pour retrouver Annabelle, Charlie devra combattre ses vieux démons et déterrer ce qu'elle avait mis tant d'années à enfouir au plus profond d'elle-même.

Roman traduit du suédois par Anna Gibson





Ce mois ci, après Berlin (Le colis), après Le Havre (une année de cendres), après New York (Manhattan Chaos) et Paris (Snap Killer), bonjour la Scandinavie, me voici aujourd'hui en Suède. Annabelle est le titre d'un film d'horreur bien connu. Mais ici, point de poupée maléfique. Point de débordements d'hémoglobine mais une enquête forte et puissante. 
Une jeune fille de 17 ans, Annabelle, a disparu dans un bled paumé au fond de la Suède. Un bled qui n'intéresse personne, tout juste ses habitants. Qui survivent entre alcool et drogue. Une communauté renfermée sur elle-même comme peuvent l'être tous ces petits villages isolés. 
Qu'est-ce qui a bien pu arriver à Annabelle ? Sans doute un étranger serait-il à l'origine de sa disparition. Il ne peut pas en être autrement. Ce n'est sûrement pas quelqu'un du village. Tout le monde se connait ici. Personne ne peut faire du mal à l'un de ses concitoyens. 
Charlie Lager est dépêchée sur les lieux. Flic à Stockholm, elle est originaire de ce village, qu'elle a quitté très jeune, 13 ans. C'est donc avec réticence et inquiétude et flanqué d'Anders, son coéquipier, qu'elle va rejoindre le village. A la manière de Orwell dans son méconnu "Un peu d'air frais", livre que je trouve somptueux, Charlie va recoller avec ses souvenirs d'enfance, pas forcément tous très bons, renouer des liens avec des amitiés perdues. Et notamment Suzanne, caricature de femme au foyer, avec des gosses insupportables qui ne lui laissent aucune liberté ni moment de répit. 
Charlie qui se bat avec un alcoolisme fort et une forte envie de profiter des hommes uniquement pour le sexe, le reste, elle s'en contrefiche. 
Et puis, il y a deux autres récit en filigrane. On suit aussi Annabelle, la fameuse journée où elle a disparu. On est dans ses traces, on vit avec elle. 
Le deuxième récit se déroule des décennies plus tôt. Avec Rosa et Alice, deux jeunes filles intrépides, livrées à elles-mêmes. Jusqu'au drame. On ne sait pas qui elles sont vraiment. Mais dans les dernières pages, l'auteur nous livre un dénouement inattendu. 
Annabelle, c'est bien sûr l'histoire d'une disparition de jeune fille. C'est aussi, la description d'une communauté et parmi elles, d'une femme hantée par son histoire, son enfance, ses drames. Charlie. Ecartelée entre son enquête et son village. Entre ses fantômes d'enfant et les ombres qui tournent autour d'elle. Pourtant, elle ne voulait pas venir, surtout pas. Betty, sa mère, la hante tellement. Mais elle sent que pour tourner la page, elle doit s'y confronter. 

Parfois, des auteurs placent leurs romans dans un pays, dans une ville particulière. Mais on pourrait en changer que ça toucherait en rien le récit. Ce que je trouve dommage, d'ailleurs. Quand on évoque un lieu, il faut en parler comme s'il faisait partie du récit. Je suis allé en vacances pendant un mois en Suède il y a quelques années. Et j'ai bien apprécié les éléments que l'auteur distille au fil du texte et qui font réellement partie des traditions et du décor suédois : le jour qui ne finit pas à certaines saisons, les chaussures qu'on enlève avant de rentrer dans une maison... tous ces détails ajoutent une touche exotique que j'ai bien aimé. 
La traduction y est aussi pour beaucoup. C'est fluide et intelligent. 

Vous l'aurez compris, j'ai vraiment accroché avec "Annabelle". Disponible aux éditions Marabout. 
Merci encore à Nadia de me l'avoir fait découvrir. 

samedi 30 mars 2019

Snap Killer, Sylvie Allouche, Syros éditions.


La fascinante commissaire Clara di Lazio (Stabat Murder) est l’héroïne du nouveau roman de Sylvie Allouche. Un roman ADDICTIF à très fort potentiel.  
Un élève de terminale est retrouvé mort un dimanche à l’aube, pendu par les pieds à une branche de platane, au milieu de la cour de son lycée. 980 élèves suspects, sans compter le directeur, les profs et le reste du personnel, l’enquête s’annonce complexe. Pourquoi le meurtrier a-t-il pris le risque fou de cette mise en scène ? Y a-t-il un lien entre ce meurtre et le suicide d’une élève de seconde, victime d’un harcèlement brutal sur les réseaux sociaux quelques mois plus tôt ? Pour la commissaire Clara Di Lazio et son équipe, aucun indice ni aucune piste ne sont à négliger.



Le nouveau roman de Sylvie Allouche est disponible aux éditions Syros depuis le 13 mars. Dans Snap Killer, un an après Stabat Murder, nous retrouvons Clara Di Lazio, notre commissaire au caractère bien trempé, dans une enquête qui va la malmener.
Un jeune est retrouvé pendu dans la cour de son lycée. Tous les élèves deviennent suspects, certains membres du personnel le sont également.  L'enquête s'annonce difficile et laborieuse. Les différents protagonistes sont troublants, parfois louches, d'autres antipathiques. Pour Clara et son équipe, il va falloir jouer fin pour démêler l'écheveau sous fond de harcèlement et je dirais même de cyber-harcèlement.
Roman destiné à un public "Young adults", il peut bien sûr être lu par tous. L'écriture est fluide et simple sans être simpliste. C'est bien écrit, c'est clair. Les chapitres sont courts et la construction du roman est solide.
Le sujet abordé ici, le harcèlement, est sensible, brûlant. Bien sûr, il y a toujours eu du harcèlement entre jeunes mais avec le développement des nouvelles technologies, d' Internet, des réseaux sociaux, celui-ci est continuel, ne s'arrête jamais, n'offre pas la possibilité aux victimes de bénéficier d'un SAS de décompression. De plus, il ne s'agit plus d'une affaire entre un bourreau et sa victime et une poignée de témoins. L'utilisation des réseaux sociaux en fait que des milliers de témoins, voire de complices, peuvent connaître les faits. Et tout se propage très vite.
Le dispositif décrit dans le livre (Sylvie Allouche fait référence à Sentinelles et référents) existe bien. Travaillant dans un établissement scolaire, je l'ai vu en pratique. Ce dispositif, bien qu'il ne m'ait pas tout à fait conquis pour des raisons qui me sont propres, est essentiel pour les victimes, pour parler de ce phénomène qui fait des ravages. Phénomène que l'on cantonne trop à l'école. C'est pour cette raison que je n'aime pas l'expression "harcèlement scolaire". On n'est plus seulement à l'école. Ce n'est pas une responsabilité que seuls les enseignants doivent porter. C'est un phénomène de société où tout le monde peut agir : les parents tout d'abord, les responsables des réseaux sociaux, les services de police, les politiques...

Le personnage principal, Clara, va être bousculée pendant cette enquête. Son passé va lui revenir comme un boomerang, ajoutant du piment à ce récit.

Bref, vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé ce roman que j'ai dévoré.
Je remercie Manon et les éditions Syros pour cette découverte.
Et si jamais Sylvie Allouche lit ses lignes, qu'elle sache qu'elle serait bienvenue dans mon établissement pour parler de son livre.