jeudi 12 décembre 2019

La dame en noir, Susan Hill, éditions de l'Archipel, Archipoche.


Angleterre, début du XXe siècle. Par un mois de novembre froid et brumeux, Arthur Kipps, jeune avoué londonien, est dépêché dans le nord du pays pour assister aux funérailles d'Alice Drablow, 87 ans, puis trier ses papiers en vue d'organiser sa succession.
À Crythin Gifford, village où Kipps pose ses valises, les habitants lui battent froid dès qu'il prononce le nom de feue Mme Drablow, unique occupante du Manoir des Marais, demeure isolée, battue par les vents et située sur une presqu'île uniquement accessible à marée basse.
Lors de l'inhumation, dans une église quasi déserte, Arthur remarque la présence, un peu en retrait, d'une femme tout de noir vêtue, le visage émacié, comme rongée par une terrible maladie. Il l'aperçoit ensuite dans le cimetière, mais elle s'éclipse avant qu'il ait le temps de lui parler...
Cette femme en noir, Arthur la verra de nouveau aux abords du manoir, une fois qu'il s'y sera installé pour commencer son travail. Mais se produisent alors nombre de phénomènes mystérieux qui ébranleront le jeune homme et feront vaciller sa raison...
Comme il l'apprendra peu à peu, une malédiction plane sur ces lieux...



Nouveauté en version poche, les éditions de l'Archipel, viennent de publier le superbe roman de Susan Hill, La dame en noir. 
Un jeune notaire, dans l'Angleterre du début du XXème siècle, est chargé de régler la succession d'une vieille femme qui vient de mourir, seule dans son manoir isolé, entouré de marais. Le jeune homme qui doit faire ses preuves est optimiste et plein de confiance. Mais à peine arrive t'il dans le village de Crythin Gifford, qu'il assiste pendant l'enterrement de la femme à une scène qu'il ne qualifie pas immédiatement de "surnaturelle" mais qui va le troubler. 
Quand il découvre ensuite le manoir et son environnement de brume et de marais, sinistre, le décor est posé et l'angoisse va monter peu à peu. 
Cela faisait des années que je ne n'avais pas lu une histoire de fantôme et de maison hantée. Je crois bien que hormis quelques nouvelles lues l'an dernier dans le recueil "Crimes et fantômes de Noël" (éditions de l'Archipel) en décembre dernier, ma dernière lecture était Maison hantée de Shyrley Jackson. 
C'est donc avec un fort enthousiasme que j'ai entamé la lecture de cette dame en noir. Plongé dans l'ambiance du début du XX siècle, dans la froide et morne Angleterre, le manoir sinistre, ce roman pourrait n'être qu'un cliché usé. Pourtant, dès les premières pages l'auteur nous transporte dans son univers. 
J'ai beaucoup aimé suivre les pas de Arthur Kipps dans ce village qui porte un lourd secret et je salue également son courage d'être resté seul dans ce manoir sinistre. Personnellement j'aurais pris mes cliques et mes claques et je ne serais jamais revenu ! Mais bon, il n'y aurait pas eu de roman si ça avait été le cas. 
Mention spéciale également au chien, prêté par le sympathique notable du coin, qui accompagne Arthur et avec lequel il noue une relation forte. 
Ici point de meurtre sanglant, point d'hémoglobine, point de torture. Susan Hill travaille dans le subtil et manie angoisse et suspens avec brio. Plusieurs scènes sont terrifiantes : le coup de la porte de la nursery par exemple m'a bien fichu les jetons. 
La fin ? Parlons en ! Etonnante et bien flippante également. 
Bref, un excellent roman à lire au coin du feu pendant les soirées d'hiver, froides et mornes. Mais n'oubliez pas de laisser une lumière allumée !
A noter une bonne adaptation cinématographique avec un Daniel Radcliffe très convaincant. 

Ce roman est disponible aux éditions de l'Archipel.

vendredi 29 novembre 2019

L'enfer du commissaire Ricciardi, Maurizio De Giovanni, Editions Rivages


Dans la chaleur torride de juillet, alors que la ville se prépare à l'une de ses festivités les plus aimées - la « Carmine », fête napolitaine de l'été -, la mort mystérieuse d'un célèbre chirurgien plonge Ricciardi et Maione dans une enquête au cœur passions humaines... Pour découvrir, enfin, que « la chaleur, la vraie, vient de l'enfer ».



Tout commence effectivement par la mort d'un éminent chirurgien dans une Naples suffocante. La canicule est bien présente et avec les elles les drames s'exacerbent. Tout prend une ampleur démesurée. Ricciardi et son adjoint Maione enquête dans les différents quartiers de la ville mais ce qu'ils ne savent pas encore, c'est que leur quotidien va être profondément bouleversé. L'enquête va les toucher profondément. 
Le roman alterne les personnages, du moins au début, sans qu'on sache les liens entre eux. On ne sait pas vraiment non plus à quelle époque le récit se situe mais le lecteur comprend vite qu'il y a des flashbacks. Je dois dire qu'au départ, c'est un peu déroutant et j'ai du lâcher le livre plusieurs semaines avant de le reprendre. Peut-être que je n'avais pas encore appréhendé l'univers de l'auteur dont c'était le premier roman que je lisais.  Bien m'en a pris. J'ai ensuite été vite happé par le récit et l'écriture de l'auteur. Une écriture riche, classe. 
J'ai aimé suivre les aventures du commissaire, de son adjoint et de tous les autres personnages qui ont chacun une histoire à raconter. Une histoire ancrée dans le passé de l'Italie, pas forcément drôle. "L'enfer du commissaire" est un roman dense mais envoûtant. Ricciardi a un peu de flegme anglais. Il est fort et fragile à la fois et éprouve quelques difficultés dans les relations sociales. Sans pour autant être complètement asocial. C'est tout le paradoxe de ce personnage. 
De nombreux autres personnages vont graviter autour de lui et de Maione sans que le lecteur sache s'ils ont ou non un rôle à jouer. 
Maurizio De Giovanni nous emmène loin. C'est subtil et chaud comme la canicule napolitaine. 
Un roman passionnant qui met en scène l'un des personnages préféré de l'auteur. Disponible aux éditions Rivages. 

jeudi 28 novembre 2019

L'oustider, Stephen King, Albin Michel


Le Diable peut avoir de nombreux visages. Et s'il avait le vôtre ?

Le corps martyrisé d'un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City. Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l'un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l'équipe locale de baseball, professeur d'anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses d'ADN ne laissent aucun doute. Dossier classé. À un détail près : Terry Maitland a un alibi en béton. Et des preuves tout aussi irréfutables que les preuves qui l'accusent.
Qui se cache derrière ce citoyen au-dessus de tout soupçon ?



Tous les lecteurs de ce blog savent maintenant que je voue un culte à Stephen King. J'adore cet auteur, j'adore ces romans même si certains d'entre eux m'ont un peu déçu. On ne peut pas être bon tout le temps et on peut lui pardonner quelques fautes de parcours.
J'achète des "Stephen King" les yeux fermés. Parfois, il faut être attiré par une couverture, d'autres fois par le quatrième de couverture. Ici, rien que le nom de l'auteur sur la couverture déclenche l'acte d'achat.
 "L'outsider" publié en début d'année 2019 (oui, ça commence à dater un peu mais je prends seulement le temps maintenant de rédiger ma chronique) débute comme un polar classique. Dans la veine de la précédente trilogie (Mr Mercedes, Carnets noirs et Fin de ronde). Un homme au dessus de tout soupçon, aimé de tous, intégré dans sa communauté, est arrêté devant des centaines de spectateurs durant un match de base ball de l'équipe de jeunes qu'il entraîne. Traumatisme pour tout le monde, lui-même, sa famille, ses amis, ses joueurs et leurs familles. D'autant que le crime dont on l'accuse est particulièrement ignoble et violent.
Ralph Anderson, l'inspecteur qui a conduit l'enquête sait qu'il a foiré. Il n'aurait pas du arrêter Terry Maitland comme il l'a fait. Trop tard, le mal est fait. L'opinion publique se déchaîne. Tout va trop vite. Terry Maitland est coupable avant même d'être jugé. C'est fâcheux. D'autant que des témoins fiables prouvent qu'il étaient avec eux à des centaines de kilomètres du lieu du meurtre en train d'assister à une conférence d'Harlan Coben. Il est même passé à la télé !
Terry Maitland aurait-il le don d'ubiquité ?
Dès lors, le roman va basculer dans le roman horrifique. Une petite équipe se constitue afin de découvrir la vérité. On va retrouver Holly, dont on a fait la connaissance dans M. Mercedes. Le reste du roman se déguste. Stephen King est en forme. Il reprend aussi une trame bien connue qui m'a fait penser à "Désolation".
Comme d'habitude, les personnages sont bien fouillés et le suspens va en augmentant jusque dans les derniers chapitres où tout se décante. Le croque-mitaine que l'auteur a convoqué est démasqué. L'honneur est sauf. Enfin presque.
Un roman à découvrir absolument. 

lundi 25 novembre 2019

Lou après tout, tome 2 La communauté, Jérôme Leroy, Editions Syros

Une odyssée pré- et post-apocalyptique d'un réalisme extrême.
Épuisée, Lou revient vers la mer afin de se laisser mourir sur la plage où Guillaume lui a appris à nager. Marchands d’esclaves, pillards, Entre-Deux… avec son lot d’horreurs, la vie d’après le Grand Effondrement mérite-t-elle que l’on se batte encore pour elle ?
Plusieurs rencontres inattendues amènent Lou à continuer, malgré tout. Chez les Wims, elle découvre une communauté harmonieusement organisée sous l’autorité d’un Délégué. Et puis, il y a Amir… Une promesse d’apaisement, enfin.
Lou le savait pourtant bien : c’est au moment précis où l’on baisse la garde que surviennent les pires dangers.
13 ans, 14 ans, 15 ans et plus

Quelques moi après le très bon tome 1, on retrouve Lou dans ses pérégrinations post-chaos. Elle est au plus mal lorsqu'elle rencontre Roman, Oscar et Amir. Avec eux, elle va aussi découvrir une enfant, Césaria, seule survivante de sa communauté. Tout comme Guillaume l'avait sauvée, Lou fera de même avec la fillette.
Puis vient la vie dans sa nouvelle communauté, Wim, dirigée par une sorte de gourou surnommé "le Délégué". La vie passe, Lou est intégrée parmi les Gardiens qui n'acceptaient jusque lors aucune fille. Mais un malaise plane. Le Délégué est-il si prévenant qu'il ne veut le montrer ? 
Dehors, les Cybs et les Bougeurs sont toujours aussi présents, aussi dangereux et l'humanité ne semble pas reprendre le dessus. Comme pour le premier tome, on a parfois l'impression de se retrouver dans un épisode de The Walking Dead. Des survivants, des zombies, la recherche de nourriture et d'endroits pour se cacher, les relations sociales parfois difficiles ou dangereuses. Et puis, l'auteur en profite pour égratigner la société actuelle, responsable du désastre qui s'est produit, du Grand effondrement. Cette société à la recherche du profit, de l'argent, de la cupidité. Alors, ce qui est positif dans la vie d'après chaos, c'est que la nature reprend ses droits. Les arbres repoussent, les plantes envahissent les bâtiments. C'est presque une chance finalement que ce Grand Effondrement, selon le Délégué. Une chance de tout reconstruire, de repartir de zéro et de ne pas reproduire les erreurs du passé.

Jérôme Leroy fait réfléchir les jeunes sur notre société actuelle à travers cette trilogie (le dernier tome devrait sortir en février 2020) post-apocalyptique et tant pis si cela ressemble trop à The Walking Dead. Au moins, c'est en France !
Pour finir, j'ajouterais que ce tome 2 est aussi un roman où l'amour est présent. Amour qui préfigure non pas l'extinction de la société humaine mais un renouveau.

Lou après tout, la communauté, est un roman passionnant, destiné en priorité à un public jeune mais qui peut aussi bien divertir que faire réfléchir les adultes que nous sommes.
Disponible aux éditions Syros.

dimanche 13 octobre 2019

Le jardin, Hye-Young Pyun, Rivages/Noir

Oghi, paralysé après un accident de voiture ayant causé la mort de sa femme, se retrouve enfermé chez lui sous la tutelle d’une belle-mère étrange. Cette dernière s’obstine à creuser un immense trou dans le jardin entretenu autrefois par sa fille, afin, dit-elle, de terminer ce qu’elle avait commencé.



Un roman arborant un tel bandeau "Prix Shirley Jackson" ne pouvait qu'attirer  mon attention et je remercie Audrey Daragon et les éditions Rivages/Noir pour cette découverte. 
Oghi est paralysé suite à son accident de voiture dans lequel il a perdu sa femme. Il est resté longtemps dans le coma et est complètement désorienté le jour où il se réveille. Les visites sont peu nombreuses, d'ailleurs il ne veut pas que ses amis, collègues, le voient dans cet état. Seule sa belle-mère est présente, elle le veille comme si c'était son propre fils. En même temps, il est le seul membre de sa famille qui lui reste. Lui aussi, elle est son unique famille désormais. Donc, tout naturellement, à sa sortie d'hôpital elle emménage chez lui. Oghui est livré à cette femme dont le comportement va vite évoluer. 
Tout d'abord, elle est gentille et prévenante. Mais peu à peu, elle va isoler Oghi, lui couper ses modes de communication, l'empêcher de guérir. Elle devient folle, creuse un énorme trou dans le jardin, si chéri par la femme d'Oghui. La tension va monter jusqu'au final épique et terrible. 

On a beaucoup écrit sur la réclusion, quelle qu'elle soit. On pense bien sûr au Misery de Stephen King. On peut aussi penser à Jessie (même si on n'est pas tout à fait dans la même configuration), du même auteur, huis clos angoissant. Le Jardin est un court roman dont la tension monte crescendo. On ne s'ennuie pas une seule seconde. Les personnages sont intéressants car bien travaillés. L'auteur revient parfois en arrière pour décrire leurs vies passées. Et l'on s'aperçoit qu'elles n'ont pas été un long fleuve tranquille. Le couple s'est constitué, s'est soudé, a vécu puis les rancoeurs ont émergées. La femme d'Oghui a de nombreux projets mais elle est incapable d'en terminer un seul. Oghui continue son ascension professionnelle. 

Bref, le drame se noue. Peu à peu. Irrémédiable. Il en aurait été presque prévisible. 

Oghui est toujours allongé, à regarder le plafond et à cligner des yeux pour communiquer. La belle-mère ne le lâche pas et le livre se décline en de courts chapitres intenses. 

Roman coréen certes mais l'auteur ne s'attache aucunement à décrire la société asiatique dans laquelle elle évolue, elle évoque le monde universitaire qui ressemble à celui que l'on connaît en France. Mais rien d'autres sur les traditions de son pays. 

"Le jardin" est un roman passionnant qui mérite amplement le prix qu'il a obtenu. Il est disponible aux éditions Rivages/noir. 







lundi 30 septembre 2019

L'horizon qui nous manque, Pascal Dessaint, Rivages Noir



La jungle de Calais vient d'être démantelée et Lucille, qui avait plaqué son métier d'enseignante pour venir en aide aux migrants, se retrouve désemparée. Cherchant un "point de chute", elle arrive chez un vieux loup solitaire nommé Anatole. Ce dernier lui loue une caravane sur son terrain. Anatole est chasseur. Il passe des heures à bricoler des oiseaux en bois destinés à servir de leurre. Il n'attrape jamais grand chose, mais rêver lui suffit. Une étrange relation se noue entre la jeune femme et le chasseur solitaire. Leur modus vivendi est bientôt bouleversé par l'arrivée de Loïk. Un gars qui a fait de la prison. Un impulsif. Imprévisible.







Le nouveau roman de Pascal Dessaint prend racine dans le nord de la France, (presque) à l'endroit même de la fameuse Jungle de Calais, démantelée depuis. Lucille, ex-instit', qui s'était fortement investie se retrouve démunie. Elle trouve refuge chez Anatole, un original qui lui prête un mobil-home. L'équilibre est précaire mais la relation entre les deux personnages est plutôt sereine.
Jusqu'à l'arrivée de Loïk. Pourtant, au départ ils formeront un bon trio, leurs soirées autour des mobil-home sont joyeuses, les bières coulent à flot, parfois trop d'ailleurs. Loïk a une forte personnalité et un passé trouble qui va bientôt ressurgir.
Et puis, arrive Martin, un flic qui va s'enticher de Lucille et foutre en l'air tout cet équilibre. Jusqu'au dénouement, jusqu'au drame.

Ce roman est profondément humain. Les personnages de Pascal Dessaint sont forts et faibles à la fois. Ils ont leurs blessures et un avenir incertain- c'est bien sûr l'horizon qui leur manque, un peu paumés dans une société dans laquelle le fossé se creuse et où ils ne trouvent plus leur place.

L'horizon nous manque est un court roman qui se lit d'une traite. Quelques paragraphes sont jubilatoires. D'autres moins : par exemple Jules qui veut se faire ami avec Loïk. L'écriture est fluide et agréable, sans fioritures mais avec une belle maîtrise.

Cependant, j'ai trouvé qu'il manquait quelque chose. Bien sûr, le récit monte en intensité mais je me suis demandé dans quel but. Que recherche vraiment l'auteur ? Veut-il seulement dénoncer quelque chose ? Des sujets variés sont abordés. On parle des migrants de Calais qui vont revenir. On parle de l'écologie. On parle des laissés pour compte. C'est humaniste mais je suis peut-être passé à côté.
Pour autant et paradoxalement je conseille la lecture de ce roman justement parce qu'il est humaniste et qu'il évoque des problèmes bien réels de notre société.

Un roman à découvrir chez Rivages/Noir. 



vendredi 26 juillet 2019

Robicheaux, James Lee Burke, Editions Rivages

ROBICHEAUX


Traduction : Christophe Mercier.

Dave Robicheaux découvre qu'il est peut-être l'auteur du meurtre sur lequel il enquête. Plus que jamais c'est un homme hanté par des fantômes...




Lire James Lee Burke c'est l'assurance d'avoir un très bon roman entre les mains. Lire un Robicheaux, c'est être sûr de passer un bon moment. Pour l'été, les pieds en éventail, allongé sur la serviette, le sable qui colle à la peau et l'écriture de l'orfèvre du Sud des Etats-Unis, James Lee Burke. 

Pour ce nouvel opus (je n'aime pas trop ce terme mais je n'ai pas trouvé un autre pour le remplacer), on retrouve donc notre Dave en proie à quelques remords. Sa fille Alafair a quitté le cocon familial depuis un moment, elle a grandi et maintenant vit des romans qu'elle écrit. Sa femme Molly a succombé deux ans auparavant à un accident de la route (décidément, Dave n'a pas de chance avec les femmes) et Dave broie du noir. Et le voilà qu'il refait connaissance avec son ennemi de toujours : l'alcool. Après des années d'abstinence, de réunions aux AA, il replonge. 

Au petit matin, il retrouve des traces sur ses mains. Ses empreintes sont retrouvés près du cadavre de l'homme qui a percuté Molly. Naturellement, il va être accusé de meurtre. Dave a oublié qu'il l'a fait, tellement il était bourré. Mais Dave sait aussi qu'il n'a pas pu le faire. 

Dans ce roman, Dave va s'adjoindre les bons et loyaux services de son acolyte Clete Purcell qui transporte toujours avec lui son lot d'emmerdes. Quand Dave et Clete sont ensemble, il est fort à parier que ça va secouer chez les escrocs minables, les ronds de cuir, les corrompus et les trafiquants. 

Ici aussi on a notre lot de méchants et politicards véreux. Tout se beau monde se côtoie dans une ambiance bien glauque, dans les bayous de Louisiane, à New Ibéria, comme Burke sait bien nous le décrire depuis la première enquête de Robicheaux, la pluie de néon. 
Avec le lyrisme et la poésie qui le caractérise, Burke nous livre un nouveau roman de toute beauté. Il n'est pas seulement un grand maître du polar, il est aussi (doit-on encore le rappeler ?) l'un des meilleurs auteurs américains, celui qui dépeint une frange de la société oubliée au fond des marais. 

A Los Angeles,  nous avons Ellroy. 
A La Nouvelle Orléans, nous avons Burke. Il connaît par coeur sa ville, décrit les personnages avec précision, les us et coutumes des cajuns. C'est précis et passionnant. Tout est gris ici. On flirte avec la légalité. Rien n'est simple, tout est compromis. 

Robicheaux, un roman à dévorer sur la plage cet été (même s'il est un peu lourd) car ses 500 pages s'avalent en un rien de temps ! 
Disponible aux éditions Rivages. 

vendredi 19 juillet 2019

La ferme des animaux, Georges Orwell, Folio.


Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux. Les cochons dirigent le nouveau régime. Snowball et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement : "Tout ce qui est sur deux jambes est un ennemi. Tout ce qui est sur quatre jambes ou possède des ailes est un ami. Aucun animal ne portera de vêtements. Aucun animal ne dormira dans un lit. Aucun animal ne boira d'alcool. Aucun animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux."Le temps passe. La pluie efface les commandements. L'âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer : "Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d'autres."»



Petite lecture d'été facile, toujours les pieds en éventail sur la serviette posée sur le sable, l'occasion de (re)lire ce court roman de George Orwell, publié en 1945. La ferme des animaux a été conçu, selon l'auteur lui-même, comme une satire de la révolution russe. 
En 150 courtes pages, Orwell décrit la prise de pouvoir d'une ferme par les animaux. Ensemble, ils chassent les humains propriétaires, édictent de nouvelles règles. Emergent un chef, puis une certaine hiérarchie. L'utopie s'arrête là puisque les animaux se rendent peu à peu compte qu'il faut travailler dur pour survivre. Les cochons sont devenus les "penseurs" de cette petite société. Ils dirigent, conseillent, dictent les lois. A leur tête, Napoléon. Un cochon intelligent et malin. 

Beaucoup de thèmes sont abordés dans "la ferme des animaux" et il peut être donc lu de différentes manières. Fable animalière, autarcie des micro-sociétés, ou bien sûr satire des régimes totalitaires et culte de la personnalité. Evidemment, Orwell comptait égratigner Staline sous la personnalité de Napoléon et sa police désignée par les 9 molosses qu'il a enlevés à la naissance et élevés secrètement.  

Les règles édictées au début du soulèvement et inscrite sur un mur sont modifiées régulièrement. Comme peu d'animaux savent réellement lire, c'est le porte-parole de Napoléon, Brille-Babil, qui se charge de la communication. Comme Molotov en son temps ou bien Goebells en Allemagne. C'est le ministre de la propagande. C'est lui qui "chante" le génie de Napoléon, justifie ses actes, explique les décisions et incite les membres de la communauté à travailler dur, encore plus dur. 

Après avoir beaucoup entendu parler de ce roman, je ne l'avais encore jamais lu. Au détour d'un passage dans une bibliothèque, je suis tombé par hasard dessus. Pas déçu, c'est un livre intelligent et qui incite à la réflexion sans pour autant être difficile d'accès. En effet, le fait d'utiliser la fable animalière le rend très accessible. Parfait pour la plage cet été. 

jeudi 11 juillet 2019

Lou après tout, Jérôme Leroy, Editions Syros


 
Une odyssée pré- et postapocalyptique d’un réalisme extrême. Fascinant, remuant, vibrant.
Lorsque la civilisation s’est effondrée, le monde allait mal depuis longtemps. Bouleversements climatiques, émeutes, épidémies inquiétantes et dictatures... c’était un monde en bout de course, où l’on faisait semblant de vivre normalement. Le Grand Effondrement était inévitable, mais nul n’aurait pu imaginer ce qui allait suivre.
Quinze ans plus tard, Lou et Guillaume font partie des survivants. Elle est adolescente, lui a une trentaine d’années. Il l’a recueillie quand elle était toute petite. Réfugiés dans une ancienne villa perchée sur un mont des Flandres, ils savent que le danger peut surgir à tout instant. 
 
 
Sous-titré "le grand effondrement", Lou après tout est le premier roman de la trilogie post-apocalyptique de Jérôme Leroy, publié chez Syros éditions. 
Paru récemment, je me suis plongé avec plaisir dans ce roman qui met en scène Lou, une jeune fille qui a grandi dans un monde en destruction et Guillaume, qui l'a recueilli. Ensemble, ils parcourent le nord de la France, tentent de survivre et de résister aux attaques des zombies désignés ici par les termes de "Cybs" et les" bougeurs". Certains sont contagieux. Les uns sont extrêmement rapides alors que les autres sont plus lents. 

Ce premier tome se déroule sur deux périodes. Jérôme Leroy prend son temps pour décrire les quelques semaines qui précèdent le "grand effondrement", pour bien que le lecteur comprenne comment la civilisation moderne a pu en arriver là. Ce qui manque souvent d'ailleurs aux romans et films post-apo. 

Ici, on suit surtout Guillaume, l'auteur nous dresse son parcours, la Séparation, les premières victimes, les multiples dépressions, les lois totalitaires, les gens du "Dehors", la survie... ce qui lui permet d'évoquer plusieurs thèmes d'actualité comme le réchauffement climatique, la protection des données personnelles, l'inhumanité des relations personnelles ou encore les épidémies et maladies liées aux nouvelles technologies. Le portrait est sombre mais pas (encore) désespéré. 

La relation entre Lou et Guillaume est le ciment de ce roman. Le jeune homme devient un homme, écartelé entre son amour pour la poésie et l'obligation d'user de violence pour survivre et protéger Lou. Comme un père avec sa fille. Il l'a recueillie petite, il se doit de la faire grandir le mieux possible. Mais au fil du temps, Lou n'est pas hantée par un passé confortable. Elle n'a connu que désolation et chaos et au final, elle s'en sort très bien. Elle n'a pas ces états d'âmes. 

En revanche, je n'ai pas pu me détacher quand même de la série "The Walking Dead". les Cybs et les Bougeurs sont certes différents, il n'en reste pas moins qu'ils sont des zombies contaminés et contagieux. De plus, pour les tuer il faut leur tirer dans la tête. Je trouve dommage que l'auteur soit tombé dans cette facilité car les comics et la série ont eu tellement de succès qu'on est obligés d'y faire référence. 
 
J'ai bien aimé ce roman post apocalyptique car il laisse la part belle aux sentiments, les survivants ont encore de l'humanité et l'envie de relations sociales. De plus, on retrouve tous les ingrédients pour passer un bon moment : de l'action, du suspens, de l'émotion. 
 Je conseillerais ce livre pour les jeunes de 13 à 99 ans. A lire sur la plage cet été. 
 


dimanche 23 juin 2019

Kahawa, Donald Westalke, Editions Rivages/noir.


  • Voler six millions de dollars sous forme de grains de café, qui dit mieux ? C'est ce que se proposent de faire Lew Brady et Frank Lanigan. Ils vont monter le hold-up du siècle : s'attaquer à un train de marchandises transportant une récolte de café. Nous sommes en Afrique orientale, en 1977. Idi Amin Dada règne sur l'Ouganda et nombreux sont ceux qui voudraient le voir tomber... Westlake nous embarque dans un grand roman d'aventures où se mêlent érotisme, violence, exotisme et, bien sûr, humour.


    En 1997, sortait Kahawa, un grand roman d'aventure dans l'Afrique de la fin des années 70. Aujourd'hui, les Editions Rivages nous offrent une réédition de ce roman. Nouvelle couverture mais pour la traduction, on est toujours en face de celle de Jean Patrick Manchette. 
    Le récit se déroule principalement en Ouganda même si il y a quelques incursions à Londres ou au Kenya. Lew est un mercenaire qui a passé l'essentiel de sa carrière sur le continent africain. Ellen, sa fiancée du moment et pilote est embauchée en même temps que lui pour participer à un hold up de grande envergure, voler un train de marchandise rempli de café appartenant au despote du moment, Amin Dada. 
    Ce long roman (620 pages), est dense mais facile à lire. Il fait la part belle à une série de personnages singuliers. Pour ne citer que quelques uns, on trouve le coléreux Franck, le commerçant Balim, la vénéneuse et intrigante Patricia, le naïf Sir Denis, le fourbe Baron Chase et le tyran Amin Dada bien sûr. 
    Westlake profite de ce livre pour écorcher au passage celui qui se voulait "président à vie" et décrire certaines de ses exactions, comme le meurtre de l'archevêque sous un coup de colère ou de celui de l'otage du Boeing Dora Bloch. Au coeur de ce roman, on découvrira donc des scènes réelles commises par le gouvernement de Amin Dada. Sa police secrète et le SRB, les enlèvements, tortures et meurtres arbitraires, ses magouilles et sa corruption. On est fin 70 en Ouganda et les dirigeants européens se sont peu à peu écartés de ce président violent. 
    On pourrait en dire encore beaucoup tant il y a de personnages dans Kahawa mais l'intrigue principale reste toutefois assez simple. Bon d'accord, parfois je me suis demandé quel rôle pouvait bien avoir tel ou tel personnages mais au final, tout s'imbrique plutôt bien. Jusqu'à la fin rocambolesque et humoristique parfois, dans l'avion d'Ellen. 
    J'ai beaucoup aimé Kahawa, pour toutes ces raisons : l'exotisme des paysages, les personnages singuliers, l'invraisemblance du hold  up et le contexte historique. 
    Un roman des éditions Rivages à emporter dans le sac de plage cet été.