jeudi 15 février 2018

La disparue de la cabine n°10, Ruth Ware, Fleuve éditions


Une semaine à bord d'un yacht luxueux, à silloner les eaux du Grand Nord avec seulement une poignée de passagers.
Pour Laura Blacklock, journaliste pour un magazine de voyage, difficile de rêver d'une meilleure occasion de s'éloigner au plus vite de la capitale anglaise.
D'ailleurs, le départ tient toutes ses promesses : le ciel est clair, la mer est calme et les invités très sélects de l'Aurora rivalisent de jovialité. Le champagne coule à flot, les conversations ne manquent pas de piquant et la cabine est un véritable paradis sur l'eau.
Mais dès le premier soir, le vent tourne. Laura, réveillée en pleine nuit, voit la passagère de la cabine adjacente être passée par-dessus bord.
Le problème ? Aucun voyageur, aucun membre de l'équipage ne manque à l'appel. L'Aurora poursuit sa route comme si de rien n'était.
Le drame ? Laura sait qu'elle ne s'est pas trompée. Ce qui fait d'elle l'unique témoin d'un meurtre, dont l'auteur se trouve toujours à bord...




Profitant du congé maternité de sa patronne, Laura doit couvrir pour le magasine pour lequel elle travaille la première croisière d'un bateau de luxe. En présence de plusieurs invités sélectionnés par le patron lui-même, Laura va devoir se faire une place. Et quoi de mieux pour assister à un meurtre ? Et en plus d'en être le seul témoin ? Et qu'en plus, le corps a été lancé dans les eaux froides et sombres ? Et qu'il ne manque personne à l'appel ? Une enquête pour Hercule Poirot ou Sherlock Holmes ? 
Bien sûr, ce roman a une teinte très Doylenne ou Agathachristienne. Le coupable est sur le bateau. 

Le point de départ de ce roman est donc assez simple mais l'enquête va s'avérer ardue pour Laura, en proie à ses propres doutes et démons. Elle digère peu à peu l'agression qu'elle a subie juste avant de partir grâce à des médicaments. Elle va s'isoler de plus en plus en cherchant une aide chez les autres passagers. Mais elle va en venir, forcément, à suspecter les uns après les autres ? Chacun ayant des choses à cacher. 

J'ai beaucoup aimé ce huis-clos dans un contexte marin. Ruth Ware parvient à maintenir le lecteur en haleine tout au long de son récit. Pourtant, la chose n'était pas aisée. Un seul lieu, un cercle de personnages immuables. Elle dresse des tableaux intéressant de chacun des protagonistes grâce à Laura. Tina ? Une guerrière aux dents longues avec qui il vaut mieux faire ami-ami. Richard ? Milliardaire aux petits soins avec sa femme malade. Cole ? le photographe vulgaire. Et puis, il y a Ben Howard (non, pas le chanteur !) qui ne sais pas trop sur quel pied danser. Tout ce petit monde navigue au gré des flots, parfois tumultueux. Car on ne veut pas que Lo progresse. On veut la rendre folle. On veut la faire taire. 

Et là, le roman prend une nouvelle tournure. Plus hard. On n'est plus dans le policier gentillet de la fin du XIXème siècle, on entre dans le thriller, angoissant, asphyxiant. 
Le récit est coupé d'articles de journaux postérieurs et de mails du fiancé de Lo, Judah. Si bien qu'on ne sait jamais ce qui se passe réellement. Jusqu'au coup de théâtre final, surprenant. 

La disparue de la cabine n°10 est un très bon polar, bien addictif, un bon page turner avec une héroïne éminemment sympathique et pour qui on ressent beaucoup d'affection. On stresse avec elle, on pleure avec elle, on souffre avec elle. 
Et quand la dernière page se tourne, les sentiments se bousculent (je n'en dirai pas plus...). 

A découvrir chez Fleuve noir éditions. 

jeudi 25 janvier 2018

Juste après la vague, Sandrine Collette, Editions Denoël.


Il a suffi d'une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n'avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l'accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d'accueil pour déshérités, surnommé "la Casse". La Casse, c'est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d'automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir. Et puis, au milieu de l'effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s'épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu'elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser. Leur force, c'est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s'en sortir. Mais à quel prix ? Après le magistral Il reste la poussière, prix Landerneau Polar 2016, Sandrine Collette nous livre un roman bouleversant, planté dans le décor dantesque de la Casse.



Une vague géante a (presque) tout englouti. L'eau monte de jours en jours. Une famille survit tant bien que mal. Mais quelle famille ! 9 enfants ! Sandrine Collette  décrit un monde apocalyptique dans lequel des parents vont devoir faire des choix cruciaux. Quand il est temps de partir, ils devront choisir parmi leurs neuf enfants qui va devoir rester sur le carreau. La barque est trop petite pour accueillir tout le monde. Il manque trois places. Qui va rester ?
L'heure du départ a sonné et maman, papa ont pris avec eux six de leurs enfants. Dur. Premier choc de lecture, situation difficilement imaginable.
Nous suivons donc dans un premier temps, les trois laissés pour compte dans leur survie sur leur mince colline où ils ne peuvent qu'observer l'eau qui monte, qui monte, inexorablement. Les amusements et l'absence de règles du début ne sont plus qu'un mauvais souvenir. Il faut se débrouiller pour manger, dormir, occuper les longues journées. Il n'y a plus d'adultes pour vous dire qu'il faut se brosser les dents, ne pas se chamailler, préparer le dîner, raconter des histoires. Ils sont seuls. Heureusement, les parents ont laissé un peu de vivres pour attendre car ils sont sûrs, les parents vont revenir les chercher quand ils auront trouvé les terres hautes. Donc, les trois y comptent et attendent.
Dans la deuxième partie, l'auteur suit l'embarcation à travers une mer tantôt calme tantôt déchaînée. Le temps est imprévisible et la météo constamment instable. La barque divague comme ses occupants. C'est long d'errer sur la mer sans but. Les questions les tarabustent. La mère est prostrée, elle qui a du abandonner une partie de sa progéniture. Elle a du choisir parmi ses enfants, ceux qu'elle a mis au monde, qu'elle a eu tant de mal à extraire de son ventre, à éduquer. Pourquoi eux ? Parce que, a dit le père. Il fallait bien choisir. Au moins, en ramènera t'il six. Un pourcentage de perte en cas de catastrophe naturelle ?
La mère devient folle et ne se résout pas à croire que les trois petits restants sont morts. Alors dans la troisième partie de ce roman, elle va les rejoindre. Seule.

J'ai découvert Sandrine Collette sur le tard, avec son étonnant roman précédent "les larmes noires de la terre" que j'avais beaucoup aimé et qui est actuellement en lice pour le prix polars pourpres. Même si je trouve que l'émotion est un peu moins présente, que parfois il y a des longueurs, l'auteur nous propose un exercice de haute voltige dans lequel elle s'en sort très bien. Les personnages sont bien dressés pour la plupart. Cependant, j'ai trouvé qu'il y en avait trop (quelle idée d'avoir neuf enfants !!), de fait j'ai éprouvé parfois des difficultés à savoir qui était qui et quel âge ils avaient. Obligé tout le temps de me dire : "ah oui, celui-là il a neuf ans, celui ci est comme ci, ou comme ça.". Pas trop grave mais quand même...

Bref, Juste après la vague est un très bon roman, difficile à classer, un peu survival, un peu post-apo, un peu drame mais à découvrir aux éditions Denoël.

De la terre dans la bouche, Estelle Tharreau, Editions Taurnada


De la terre dans la bouche

Les vieux de Mont-Éloi savent pourquoi ils s'aiment ou se détestent, même si les autres l'ignorent. La seule histoire à laquelle il faut croire est celle qu'ils ont écrite au musée de la Chênaie. Elsa refusera cette vérité lorsque sa grand-mère lui léguera une maison perdue dans la forêt, à deux pas d'un village martyr. Guerre. Occupation. Épuration. Quarante années ne seront jamais suffisantes pour oublier et chasser les fantômes du passé !


Elsa reçoit en héritage une bâtisse, La Braconne, nichée près d'un lac dans un petit bled un peu paumé. Il ne lui faut pas longtemps, bien sûr, pour qu'elle se rende sur place et découvre que le cadeau est un peu empoisonné. En guise de villégiatures, elle va se lancer dans une enquête qui la mènera pendant les heures les plus sombres du village. Cette enquête, elle la mènera avec un jeune bourru du coin, Fred. Tous les deux, ils n'hésiteront pas à heurter et à se heurter aux anciens, gardiens du secret.
J'ai découvert Estelle Tharreau grâce à Joël, des éditions Taurnada, avec son premier roman "orage" que j'ai eu l'occasion de chroniquer dans ces pages. J'ai fait l'impasse sur son deuxième roman intitulé "l'impasse" (oui, je sais c'était facile). Pas parce que je n'avais pas aimé le premier mais je n'ai pas eu l'occasion de le lire, tout simplement. Donc, c'est avec plaisir que j'ai retrouvé l'écriture d'Estelle Tharreau. Simple, entraînant, instructif. Pas de fioritures ni de phrases alambiquées qui perdent le lecteur. Elle va droit au but. J'aime ça.
Au niveau de l'intrigue, même si le point de départ n'est pas des plus original, on rentre vite dans le jeu, on suit Elsa dans ses pérégrinations, on a envie de savoir. Le récit se déroule au début des années 80, ce qui facilite bien sûr les liens avec la seconde guerre mondiale. Quarante ans, ce n'est pas suffisant pour oublier, dit l'auteur. Surtout dans ces petits villages qui ont payé un lourd tribut et où tout le monde se connaît. Les secrets sont partagés. Les tabous sont nombreux. Elsa va venir bousculer tout ça.
La force de ce roman est dans le traitement que fait l'auteur entre le bien et le mal. Ce n'est pas manichéen. On comprend bien que pendant la guerre, bien malin aurait pu dire ce qu'il allait faire, devenir. De quel côté aurait-on été ? Quand on est pris au piège, on sauve sa vie ou on reste planté dans ses convictions ? La patrie passerait-elle avant sa famille ? On voit bien ici que la frontière entre le bien et le mal est ténue. Il est si simple de passer de l'un à l'autre côté. C'est ce que je retiendrai de ce roman qui m'a fait réfléchir.
Autre point fort, l'auteur aborde aussi un côté souvent occulté par les manuels d'histoire,  l'histoire, la prostitution en temps de guerre. Intéressant point de vue où la condition des femmes n'était pas très enviable.

De la terre dans la bouche évoque ces sujets graves à travers une enquête passionnante que je ne peux que vous conseiller. Estelle Tharreau est vraiment un auteur à suivre.
Disponible aux éditions Taurnada. 

dimanche 14 janvier 2018

Cujo, Stephen King.


Cujo est un saint-bernard de cent kilos, le meilleur ami de Brett Camber, qui a dix ans. Un jour, Cujo chasse un lapin qui se réfugie dans une sorte de petite grotte souterraine habitée par des chauves-souris.Ce qui va arriver à Cujo et à ceux qui auront le malheur de l’approcher constitue le sujet du roman le plus terrifiant que Stephen King ait jamais écrit. Brett et ses parents, leur voisin Vic Trenton et sa femme Donna, un couple en crise, Tad, leur petit garçon, en proie depuis des semaines à des terreurs nocturnes : tous vont être précipités dans un véritable typhon d’épouvante, un cauchemar nommé Cujo…Publié il y a vingt-cinq ans, Cujo reste une des œuvres majeures de Stephen King, et un classique de l’épouvante.





Les lecteurs de ce blog ont certainement remarqué que Stephen King est l'un de mes auteurs préférés. Il exerce sur moi une sorte de fascination. Peut-être parce qu'il est un conteur remarquable. Peut-être parce qu'il est l'un des auteurs américains qui décrit si bien son pays et qu'il évolue avec son temps. Peut-être aussi parce qu'il a été très souvent adapté au cinéma. Sûrement aussi parce que j'ai grandi avec lui. 
Comme je le disais donc, nombreux sont ses romans ou nouvelles qui sont devenus des films. Certains sont bons, d'autres très bons. Parfois, il y a des films qui méritent le détour mais ne sont pas pour autant plébiscités.  Pendant cette année 2018, je vais essayer de décrypter livres/films afin de donner mon avis. 
Premier de la liste : Cujo. 

Un point sur le livre 

Cujo est l'un des premiers romans de Stephen King. Il a été publié en 1981. Cujo est l'histoire de ce chien, un gentil Terre Neuve, qui après avoir été mordu par une chauve-souris contracte la rage. Il devient fou et va tuer des gens. Stephen King dessine des personnages bien ancrés dans leur monde et aux antipodes les uns des autres. On a le publicitaire surmené, la femme au foyer qui s'ennuie, leur petit garçon en proie à des terreurs nocturnes d'un côté. De l'autre, on trouve un garagiste bourru et taciturne qui mène à la baguette femme et enfant. Et puis le chien. Qui part un affreux concours de circonstances va se retrouver à terroriser une femme et son enfant dans leur voiture. 
Une bonne partie du roman se passe d'ailleurs en compagnie de Donna et de Tad coincés dans la voiture tandis que le chien les guette, les attaque, les attend. 

Cujo est l'un des personnages central du livre. Il est extrêmement bien décrit. Sa lente dégradation, son mal être, son ressenti est parfaitement retranscrit par l'auteur. On souffre avec cette bête. On l'accompagne et on ne peut s'empêcher de l'aimer même s'il devient un monstre sanguinaire. C'est aussi cela qui fait la force de ce roman. 

Cujo est une sorte de huis clos passionnant. Il y a finalement peu de personnages et d'actions mais Stephen King parvient à tenir en haleine le lecteur tout au long de ce (assez court) roman. J'ai frissonné, retenu mon souffle, soufflé et sécher une larme à sa lecture. 

Du coup, je me suis rué sur le film. 

Ma vision du film

On doit le film au réalisateur Lewis Teague (ce nom ne vous dira probablement rien mais il réalisera plus tard Le diamant du Nil et Navy Seal) en 1983. 
Bien qu'il soit donc très ancien, ce film a bien vieilli je trouve. Les acteurs sont convaincants, surtout le chien qui prend une bonne place, la même que dans le film. Il a une bonne bouille, ce chien et on a mal avec lui lorsque le virus se propage dans son corps. On voit sa lente descente aux enfers. Son corps qui se ravage, les yeux qui purulent, le poil qui se graisse, qui devient sale, la bave aux lèvres. On ressent sa souffrance et on comprend qu'il en vienne à attaquer les hommes. 
Quelques scènes sont spectaculaires et plutôt bien fichues avec les moyens de l'époque. Le suspens est bien présent et malgré le fait qu'une bonne partie du film tourne autour de Donna et de son fils coincés dans leur voiture, on ne s'ennuie pas une seconde. 
Evidemment, comme pour toute adaptation, les personnages sont moins fouillés, moins travaillés que dans le roman. Pour autant, je trouve que le film est réussi. 
Pour ceux qui seraient passé à côté en 1983, il est donc à voir. 




mercredi 10 janvier 2018

Bonne année 2018

Puisque j'ai souvent un train de retard, je souhaite à tous mes lecteurs, éditeurs et auteurs une année pleine de rencontres, d'inspirations, de lectures et de frissons !


samedi 9 décembre 2017

L'essence du Mal, Luca D'Andrea, Editions Denoël

En 1985, dans les montagnes hostiles du Tyrol du Sud, trois jeunes gens sont retrouvés morts dans la forêt de Bletterbach. Ils ont été littéralement broyés pendant une tempête, leurs corps tellement mutilés que la police n’a pu déterminer à l’époque si le massacre était l'œuvre d’un humain ou d’un animal. 
Cette forêt est depuis la nuit des temps le théâtre de terribles histoires, transmises de génération en génération. 

Trente ans plus tard, Jeremiah Salinger, réalisateur américain de documentaires marié à une femme de la région, entend parler de ce drame et décide de partir à la recherche de la vérité. À Siebenhoch, petite ville des Dolomites où le couple s’est installé, les habitants font tout – parfois de manière menaçante – pour qu’il renonce à son enquête. Comme si, à Bletterbach, une force meurtrière qu’on pensait disparue s’était réveillée.





Pour ce premier roman, Luca D'Andrea frappe fort. En situant son récit dans un village de montagne isolé au coeur des Alpes, coincé entre l'Autriche et l'Italie, on se dit que forcément les personnages vont être aussi rudes que climat et l'environnement.
Salinger, le personnage principal est marié à une femme originaire de ce village. Il vient pour un temps indéterminé, loin du monde du cinéma, des strass et des paillettes. Après un premier drame dont il se sortira indemne,  ce réalisateur de documentaires va tomber sur un massacre qui a eu lieu quelques trente cinq ans auparavant. Immédiatement, Salinger va vouloir résoudre cette affaire.
Ce qui n'est pas au goût de tout le monde.

Des personnages ciselés

L'une des premières forces de ce roman, que d'aucuns placent entre Stephen King et Jo Nesbo, réside dans ses personnages. Evidemment Salinger est le plus fouillé, le plus travaillé. Il est cisaillé entre sa passion pour sa femme, pour son métier, pour son goût de découverte et aussi pour son respect pour les traditions. Tout au long du livre, on le découvrira tour à tour perdu, somnolent, amoureux mais aussi cupide et cruel. Qui est-il ? Lui même ne le sait pas et ce n'est pas l'accident - dont je ne préfère pas trop parler - qui va l'y aider.
Salinger s'enfonce dans une enquête dont personne ne veut ni n'a intérêt, semble t'il, qu'elle soit résolue.

Ensuite, on trouve Werner, le beau-père, mystérieux, qui possède une telle aura et une telle histoire qu'on le considère comme le patron. Créateur des secouristes des dolomites qu'il a dirigés pendant de nombreuses années, il est respecté, écouté. Malgré son âge, il contrôle tout. Y compris les discussions.

Autour de ces deux personnages centraux, Annelise fille de Werner, épouse de Salinger, tente d'exister. Elle est un peu en retrait et l'auteur ne lui prête que peu de profondeur. A mon sens, c'est un peu dommage. Elle aurait mérité mieux au cours du roman même si son influence sur Salinger est manifeste.
Clara, leur fille, vive et intelligente, la soupape du couple.

Et puis, on trouve le policier municipal, homme à tout faire, des basses besognes aussi, sorte de shérif local qui fait la pluie et le beau temps. Mais qui cache aussi de sombres secrets.

Une angoisse grandissante

Comme un huis clos suffocant, Luca d'Andrea tisse un récit progressif, qui monte, qui joue avec les nerfs des lecteurs. C'est donc, comme de nombreux romans d'ambiance, parfois lent et parfois rapide. L'auteur alterne les chapitres où se mêlent l'action et la réflexion.
La psychologie des personnages est plutôt bien fouillée. L'auteur prend son temps pour entrer dans leur tête, dans leurs pensées.
Plus on avance dans la lecture, plus les masques tombent, les vérités apparaissent jusqu'au final étonnant, cruel.

Un roman ancré dans une région

Certains auteurs ancrent leurs romans dans des pays ou des villes mais ne vont pas plus loin au point où on pourrait les transposer dans d'autres lieux sans problème. Ici, ce n'est pas du tout le cas, la région des Dolomites est un personnage à elle seule. Elle est même au coeur de l'intrigue. Elle est puissante, sans concession et dangereuse.
C'est très habile de la part de l'auteur.

S'il fallait trouver un point négatif, ce serait sur l'après-accident. Sans vouloir tout dévoiler, le drame que vit Jérémiah au début du roman n'a que peu d'incidence sur les autres habitants. Lui est fortement touché et toutes ses actions futures en découlent mais pour les autres... ?

Je remercie les éditions Denoël pour cette découverte qui est un vrai coup de coeur 2017.

samedi 18 novembre 2017

Love murder, Saul Black, Presses de la cité


Une nymphe à la beauté inquiétante, Katherine Glass, patiente dans le couloir de la mort pour avoir torturé puis assassiné une dizaine de femmes. Mais son partenaire dans le crime, l'Homme au masque, court toujours... Et six ans après les meurtres, il recommence à tuer. Valerie Hart, l'inspectrice à qui l'on doit l'arrestation de Katherine, est décidée à enfin clore le chapitre. Pour parvenir à ses fins, elle est même prête à rendre visite à la vénéneuse détenue – cette femme qui éveille en elle des pulsions dangereuses et semble lire dans l'intimité de son couple.
Avec cette nouvelle enquête de Valerie Hart, intrépide femme flic et fumeuse impénitente, Saul Black renouvelle son tour de force : emporter le lecteur dans une course-poursuite qui mêle humour, intelligence, suspense et tourments de l'âme.






Un jeu machiavélique / Une relation malsaine

Nouvelle enquête pour l'inspecteur Valérie Hart ou plutôt une enquête qui va lui revenir de plein fouet. Six auparavant, elle a mis en prison la cruelle Katherine Glass, meurtrière diabolique, belle, intelligente (trop ?) mais son comparse, l'homme au masque court toujours. 
Quand un nouveau meurtre est perpétré, quand Hart reçoit un message du meurtrier, elle sait qu'elle devra collaborer avec Glass pour le retrouver. Glass est fascinante, vénéneuse mais Hart ne peut s'empêcher de lui demander de l'aide. D'autres victimes en perspective. Elle se résout alors à plonger dans l'antre de la bête qui va se faire un malin plaisir à malmener la policière. Tour à tour charmeuse voire dragueuse, provocatrice et méchante, Glass se joue d'elle à l'image de Hannibal Lecter face à la jeune Clarisse Starling. 
Je dois dire que les relations entre Hart et Glass ne m'ont pas vraiment convaincu. J'y ai trop vu une copie fade du "Silence des agneaux". Trop d'intelligence chez Glass, trop de culture pour une meurtrière de la sorte. Elle est capable de réciter des vers longs comme la bible ( elle récite par exemple un extrait du paradis perdu de Milton) et puis la phrase d'après, elle est vulgaire et interpelle la policière sur sa vie privée : 
" Pensez-vous que Nick fantasmait sur moi ? "

Je n'ai donc pas trop aimé ce côté Silence des agneaux mélangé à Seven. Milton ou Dante sont des auteurs que l'on croise beaucoup dans ce genre de roman depuis le film de David Fincher. Pas très original. 

Un piège qui se referme

La force de ce roman se trouve dans l'intrigue en elle-même si on met de côté la relation précédemment évoquée. Hart enquête. Elle est accompagné par Will, son équipier. Celui-ci pourrait être intéressant mais n'est pas assez approfondi à mon goût. Son rôle est secondaire, ce qui est dommage. Il aurait pu gagner en profondeur. Mais l'auteur s'attarde davantage sur Hart et son mari Nick. Flic lui aussi, il a quitté la criminelle. Hart et Nick ont passé des heures sombres, ont rompu mais se sont remis ensemble. Il est compréhensif et gère le côté matériel de leur vie pendant qu'elle plonge dans le boulot. 
L'auteur tisse un piège dont le couple sera l'une des composantes. Au fil des pages, la police s'enferme, les attaques se multiplient et les pistes se brouillent. 

Un jeu de piste peu convainquant 

Le meurtrier promène les enquêteurs avec des énigmes et des jeux de pistes, des messages codés et des études d'oeuvres d'art qui ont plus ou de moins de rapports avec l'enquête. Glass est chargée d'aider la police à les décoder. 
Mum Mum... Un thriller ésotérique ? Un nouveau Da Vinci code ? 

Et pourtant...

Malgré les côtés négatifs que je viens de citer, j'ai plutôt bien aimé ce roman qui se lit très vite. L'action est omniprésente et même si on découvre l'identité du meurtrier très tôt, on plonge dans ce récit tête la première. 
Hart se fait manipuler, elle le sait mais est obligée de faire avec pour stopper le monstre. Le dénouement de Love Murder m'a réconcilié avec les passages précédemment indiqués. Là, j'ai compris la construction de ce roman : " ah, voilà où Saul Black voulait nous emmener ! "

Ne passez donc pas à côté de cet habile Love murder. Je remercie les éditions Presses de la Cité pour cette découverte. 


dimanche 5 novembre 2017

Embruns, Louise Mey, Fleuve éditions


Béa, Chris et leurs deux rejetons de presque vingt ans sont charmants, sportifs, talentueux et, surtout, ils forment une équipe complice.

Voilà une famille qui a le bon goût dans le sang, chérit les matières nobles, les fruits du marché, le poisson jeté du chalutier, la tape amicale dans le dos des braves. Voilà une team unie qui porte haut les valeurs d’authenticité, d’équité, d’optimisme. Les Moreau – c’est leur nom – ne perdent pas une miette de leur existence. Ils sont insupportablement vivants.

Et comme le veut l’adage, les chiens ne font pas des chats : Marion et Bastien sont les dignes héritiers de leurs parents. Ils ne les décevront pas.

Pour l’heure, tous les quatre se sont réfugiés le temps du pont du 14 Juillet sur une île de Bretagne. Un coin de paradis si prisé qu’il est impossible d’y séjourner sans passe-droit. Mais, même l’espace d’un week-end, impossible n’est pas Moreau.

Seulement, quand au retour d’une balade Béa, Chris et Bastien trouvent la maison vide, la parenthèse enchantée prend soudain l’allure d’un huis clos angoissant. La petite île, devenue terrain boueux d’une battue sous la pluie pour retrouver Marion, va révéler un autre visage : celui d’une étendue de terre entourée d’eau où vit une poignée d’individus soudés comme des frères et aguerris aux tempêtes.




Ils sont beaux, ils sont forts, ils sont soudés, ils sont cultivés, ils forment une belle famille. Quand ils débarquent sur un îlot breton pour passer le week-end du 14 juillet, ils sont loin de s'imaginer ce qu'il va leur arriver. 
La rencontre avec les autochtones  est brutale. Ils sont rustres, pas forcément amicaux devant ces "parigots " qui débarquent. Leur sympathie sonne faux, leurs sourires sont méprisants. Et pourtant, ils vont vivre pleinement ce séjour jusqu'à ce qu'un drame survient et bouscule toute leurs certitudes. Marion va disparaître. Aussitôt, tout va voler en éclat. Béa si forte, Chris si maître de lui, vont tout faire pour retrouver leur fille. Tout le monde est suspect. Elle a forcément été kidnappée. Elle n'a pas fait une fugue, là sur ce rocher au milieu de l'Atlantique. Elle n'est pas partie se baigner, cette jeune fille qui déteste l'eau. Impensable. Le coupable est forcément caché parmi la quinzaine d'habitants réunis dans le bistrot. 
Ce roman est construit comme un huis clos implacable. Louise Mey nous décrit les acteurs de cette tragédie en même temps que les lieux. L'île à elle seule est un personnage. La tempête arrive, ils sont de plus en plus isolés. 
Que va t'il se passer ? Qu'est-il arrivé à Marion ? Qui sont vraiment les Moreau ? 
Peu à peu, la vérité apparaît. Le piège est machiavélique. 
Je n'en dirai pas plus de peur de dévoiler le noeud de l'intrigue. Ce roman est passionnant. Découpé en courts chapitres il se lit très facilement. L'auteur a une plume fluide et de fait on tourne les pages rapidement. On veut en savoir plus, on veut connaître la fin de l'histoire. 
L'ambiguïté des personnages vaut le détour. On ne sait jamais vraiment à qui on a à faire dans "Embruns". C'est l'une des forces de ce roman qui m'a bien bluffé. 
Tout se déroule sur un week-end pendant lequel l'assurance des Moreau va s'effriter. Et pourtant, ce sont des winners, des félins, ils ne lâchent rien. En même temps que la tempête se déchaîne, les éléments vont se mettre en place les uns après les autres. 
Jusqu'au coup de théâtre final, imprévisible, cruel. 

Embruns est un roman à découvrir car il est surprenant. Il sort des sentiers battus et c'est ce qui m'a plu. Même si le sujet n'est pas forcément très original, l'auteur a eu le mérite de le traiter par un nouveau prisme. 

Je remercie vivement les éditions Fleuve Noir pour leur confiance. 


mardi 31 octobre 2017

Entre deux mondes, Oliver Norek, Michel Lafon.


Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l'attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir. 
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu'il découvre, en revanche, c'est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n'ose mettre les pieds. 
Un assassin va profiter de cette situation. 
Dès le premier crime, Adam décide d'intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il est flic, et que face à l'espoir qui s'amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou. 

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu'elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d'ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.



Le nouveau roman d'Olivier Norek nous entraîne dans la jungle de Calais, son lot de drames, sa violence quotidienne, ses migrants qui rêvent de l'Angleterre et qui sont prêts à tout pour y aller. Dans ce roman qui oscille entre le roman noir (chronique sociale) et thriller, le lecteur va faire la connaissance de Bastien, lieutenant de police nouvellement arrivé dans le Pas de Calais, et d'Adam, policier qui a fui le régime syrien, venu rejoindre sa femme et sa fille. 
Chacun des deux personnages découvre avec horreur la réalité des migrants et son lot de vicissitudes. Bastien, naïf, avance à petits pas, intrigué mais animé par un désir de justice. Adam, déambule à la recherche de sa famille, animé lui aussi de bons sentiments. 
Quand ces deux-là se rencontrent, on se dit que l'association va fonctionner à merveille. Un meurtre puis un deuxième. Adam ne peut s'empêcher d'enquêter et demande le soutien de Bastien qui va accepter malgré les consignes de sa hiérarchie. 


Entre deux mondes n'est pas le plus original des romans, je dirais même qu'il est de construction assez classique avec un découpage en chapitres courts, chacun d'entre eux décrivant une scène. La lecture est donc rendue assez aisée du fait de cette construction. Par ailleurs, l'écriture d'Olivier Norek est dépouillée de tout artifice. Ce qui fait qu'on lit ce roman très rapidement. 

Le sujet quant à lui est plus original. Traiter le problème des migrants et de la jungle de Calais par le prisme du thriller est une bonne idée. On découvre ainsi une véritable ville qui s'est construite entre forêt et plage avec ses quartiers, ses communautés qui ne se mélangent pas, ses codes, ses règles parfois très dures, sa hiérarchie, ses commerces également. De ce côté, ce livre est très intéressant. 

En revanche, j'ai été un peu déçu par le côté "bons sentiments" de ce roman. Je m'attendais à un thriller sombre voire glauque et pour ça, je n'ai pas été conquis. Certes, j'ai pris du plaisir à la lecture mais j'ai l'impression que ce livre s'adresse à un lectorat le plus large possible pas forcément habitué des polars. Je suis donc resté sur ma faim. 

Je remercie les éditions Michel Lafon et Olivier Norek pour cet envoi et la dédicace. 





lundi 23 octobre 2017

La cible était française, Lee Child, éditions Calmann Lévy


WANTED: sniper d’élite
américain capable du pire
APPÂT: Jack Reacher

  
Émoi dans tous les services de sécurité du monde : un inconnu vient de tirer sur le président de la République française à Paris, et la balle est américaine. Le sniper a touché l’écran de protection à la distance phénoménale de 1 300 mètres. L’avertissement est clair : la prochaine fois, ce sera au G8 que ça se passera. Et Dieu sait combien il y aura de victimes.
Mais qui est ce tireur d’élite ? Seuls quatre hommes sont capables d’un tel exploit. L’un deux, John Kott, est un Américain que Jack Reacher a fait mettre en prison quinze ans plus tôt, et il se trouve que, libéré depuis peu, l’homme est introuvable. C’est bien entendu Reacher que l’armée missionne en secret pour mettre la main sur le tireur. Entre Paris et Londres, aux côtés des services spéciaux russes, français et anglais qui jouent chacun leur partition, sa tâche risque de ne pas être simple.
  
« Jack Reacher est le nouveau James Bond.
Le héros dont on ne se lassera jamais.»
Ken Follett


Chouette ! Un nouveau Jack Reacher !!!
"La cible était française" est la nouvelle aventure de cet ancien policier militaire, rompu aux techniques les plus efficaces de l'armée. Un homme qui erre dans les Etats-Unis, sans adresse fixe, introuvable mais qui sait répondre présente quand il le faut. C'est le cas après que le président de la république française ait échappé à un tir de sniper. Reacher les connaît tous, ces tireurs d'élites capables de toucher leur cible à plus d'un kilomètre. Ils sont peu nombreux dans le monde à pouvoir le faire. Et quand l'armée appelle Reacher, il répond donc présent. 
Commence donc une chasse à l'homme, une traque à travers le monde, dans laquelle Reacher à (presque) carte blanche, du moment qu'il travaille en sous-marin.
Lee Child va droit au but avec Reacher. Peu de place est laissé aux questionnements. Un militaire n'a pas le temps de s'en poser. Il agit, il obéit. Mais Reacher est un électron libre et parfois, il fait ce qu'il veut pour mener à bien sa mission.
Il avance donc, il progresse. Suivi par la jeune recrue Casey Nice, il va parcourir le monde pour enquêter et dénicher le tueur qui va récidiver.

La cible était française est un roman très cinématographique, d'ailleurs de ces aventures ont été déjà portées à l'écran avec Tom Cruise. Il y a peu de temps mort, peu de répit pour les héros, ça va vite, il y a de l'action.
On trouve aussi beaucoup de technique de tirs, de précisions quant au métier de sniper qui ne sont pas inintéressantes. L'auteur nous plonge dans un monde souterrain dont nous, modestes citoyens, n'avons aucune conscience. Heureusement d'ailleurs.
J'ai bien aimé ce roman qui se lit très rapidement. On ne se prend pas la tête, c'est très distrayant et on passe un bon moment avec Reacher.

Pour ceux qui n'ont jamais lu les précédentes aventures de cet ancien militaire, aucun souci. Les livres peuvent se lire indépendamment les uns des autres.

A découvrir aux éditions Calmann Lévy que je remercie et Maud Paille en particulier pour avoir pensé à moi.