vendredi 3 février 2017

Ce qu'il nous faut, c'est un mort, Hervé Commère, Fleuve éditions


Trois garçons pleins d’avenir roulent à flanc de falaise.

C’est la nuit du 12 juillet 1998, celle d’I will survive. Ce que la chanson ne dit pas, c’est à quel prix.


Les Ateliers Cybelle emploient la quasi-totalité des femmes de Vrainville, Normandie. Ils sont le poumon économique de la région depuis presque cent ans, l’excellence en matière de sous-vêtements féminins, une légende – et surtout, une famille. Mais le temps du rachat par un fonds d’investissement est venu, effaçant les idéaux de Gaston Lecourt, un bâtisseur aux idées larges et au coeur pur dont la deuxième génération d’héritiers s’apprête à faire un lointain souvenir. La vente de l’usine aura lieu dans l’indifférence générale.

Tout le monde s’en fout. Alors ce qu’il faudrait, c’est un mort.

De la corniche aux heures funestes de Vrainville, vingt ans se sont écoulés. Le temps d’un pacte, d’un amour, des illusions, ou le temps de fixer les destinées auxquelles personne n’échappe.



Autant le dire tout de suite et sans ménager le suspens, j'ai eu un vrai coup de coeur à la lecture de ce roman sélectionné pour le prix Polars Pourpres. 
Il ne s'agit pas d'un roman policier à proprement parlé, avec un meurtre, des policiers et une enquête comme on a l'habitude de lire. 
Ici, nous avons un roman qui s'étale sur une vingtaine d'années (avec même un retour au début du XXème siècle) et qui suit la trace de plusieurs personnages. Tous ces personnages gravitent autour d'un point central : le village de Vrainville, Normandie, berceau des ateliers Cybelle, fleuron de la lingerie en France. 
Hervé Commère nous présente donc une pléiade de personnages qui voient leur vie basculer un fameux soir de juillet 1998. Quand l'équipe de France de football épingle sa première (et toujours unique) étoile sur son maillot, trois jeune garçons vont commettre l'irréparable. Mais une jeune fille va aussi avoir son destin transformé. 
Habilement et lentement, Hervé Commère plante le décor. Il prend son temps pour détailler l'histoire des ateliers Cybelle qui font la fierté du village et qui fait vivre quasiment tous ses habitants. Tout semble idyllique dans cette bourgade côtière. Tout le monde semble heureux. Evidemment, nous sommes dans un roman noir, dans un polar, donc on se doute que les zones obscures ne sont pas enterrées définitivement. Les fantômes remontent toujours à la surface. 
Et puis, c'est sans compter la mondialisation, la concurrence, l'état du marché mondial qui force les patrons à délocaliser parfois à vendre leurs entreprises. Comme en écho à une publicité actuelle, "on ne gère plus une entreprise comme on la gérait hier". Vincent, le petit-fils du créateur de Cybelle, sera celui par qui le malheur arrive. 
Et que dire de Maxime ? Ce talentueux dessinateur revenu de la ville car il ne s'y est jamais fait, a fini mécanicien aux ateliers. Embauché par son ex-ami Vincent. Et qui dire du troisième larron devenu maire à la suite de son père ? A Vrainville, les dynasties semblent éternelles. 

Ensuite, tout s'enchaîne. Le roman prend une tournure plus rude. Le social se mélange au polar, les actions se succèdent rapidement comme les événements sur lesquels plus personne n'a de prise. 

Côté écriture, j'ai été séduit par la langue de l'auteur, à la limite de la poésie, il joue avec nos émotions. On sourit parfois, on pleure, on tremble. Ajoutons à cela, une narration un peu particulière, comme si on était juste témoin. Etrange sensation mais j'ai bien aimé cette technique qu'a eu l'auteur de nous dire ce à quoi il fallait s'attendre et après de l'expliquer. 

Bref, après Rural Noir, de Benoît Minville, Ce qu'il nous faut c'est un mort est mon deuxième coup de coeur de l'année. 

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