dimanche 6 novembre 2016

Ne laissez pas les chiens garder la viande, Mariska Mourik, Le Passeur Editeur

France, 2007, les médias sont braqués sur le collectif « Urgence Darfour ». Dantzig, journaliste hollandais, enquête sur les rouages de cette campagne qui brasse des millions et dont pas un centime n’est utilisé au profit des victimes. Ses investigations le conduisent au Soudan où il rencontre Claire, jeune humanitaire désabusée. Elle lui plaît autant qu’elle l’intrigue. Au fil de leurs échanges, Dantzig entrevoit les réalités troubles des organisations sur le terrain. 

Puis Claire disparaît mystérieusement. Elle envoie un appel au secours à Dantzig. Elle semble en danger, mais dit-elle la vérité ? Qui est-elle vraiment ? Quel est ce mystérieux Pierre avec lequel elle a créé une association d’adoption d’orphelins au Darfour ?

Dantzig découvre peu à peu des facettes sordides des fanatiques de l’humanitaire, aveuglés par leurs utopies, devenus de simples pions au service des enjeux stratégiques de grandes puissances pour lesquelles la vie humaine importe peu. L’étau de la machination politique, impliquant des personnalités au plus haut sommet du pouvoir, se resserre inéluctablement autour de Claire et Dantzig…

Un roman à suspense au coeur de la spirale infernale de la realpolitik
qui broie sans états d’âme les destinées humaines.



Voilà un roman qui interpelle par son titre qui est en fait un proverbe tchadien, apprend-on au début du livre. Un roman qui interpelle aussi par sa couverture. Cette sorte de chien aux énormes crocs comme une ombre chinoise. Et enfin un roman qui interpelle par son résumé, dense et surprenant : une ONG, des humanitaires pas très clairs, des magouilles et en fond on pense à L'Arche de Zoé. 
Donc, avant même d'ouvrir ce roman on pressent une lecture forte et puissante. 
L'auteur nous emmène donc dans les méandres de l'humanitaire, des magouilles, de la corruption. Elle dresse le portrait de bénévoles prêts à tout pour aider les populations en détresse, osant se dresser contre les gouvernements de ces pays. Elle parle de femmes et d'hommes qui se dévouent corps et âmes, loin de chez eux, dans des ONG nébuleuses. Elle évoque aussi des motivations pas forcément bienveillantes. Certains d'entre eux ne cherchent-ils pas une sorte de rédemption à aider les autres ? Ne veulent-ils pas se sauver eux-mêmes ? Fuient-ils leur famille ? Leur travail ? Une société de plus en plus codifiée ? Les raisons sont multiples et la réalité du terrain va vite les rattraper. Le temps africain n'est pas le temps européen. Là-bas, on patiente. On ne fait rien dans l'urgence. Le temps s'écoule lentement. On n'est pas pressé. Les démarches administratives peuvent durer des jours et des jours. Les situations bloquées se décantent parfois sans que l'on sache pourquoi, ni comment.
J'ai beaucoup aimé ce roman qui n'est pas un polar, plutôt un roman noir qui décrit les rouages d'un monde qui nous échappe. Certes, à certains moments il faut être bien accroché. L'écriture de Mariska Mourik est dense et remplit de détails. Elle dresse les portraits de Claire, humanitaire désabusée qui se lance dans un projet avec Pierre, énigmatique responsable d'une petite ONG ou véritable gourou escroc ? On trouve aussi le journaliste hollandais Dantzig dont les débats avec son rédacteur en chef Ton sont fructueux et passionnés. Dantzig qui flaire le mauvais coup et qui n'hésite pas à se rendre au Tchad.
Ne laissez pas les chiens garder la viande est un roman étonnant dans lequel le lecteur apprendra beaucoup sur le monde de l'humanitaire. L'auteur connaît très bien son sujet et va jusqu'à écorner notre ancien président en évoquant à demi-mot le sort des infirmières bulgares.
Ce roman est disponible aux éditions Le Passeur que je remercie pour leur confiance et de m'avoir fait découvrir ce livre.

2 commentaires:

  1. Ravis que vous partagiez notre intérêt pour ce thriller géopolitique de Mariska Mourik. Merci de l'avoir dit avec vos mots et dans ce blog. Amicalement noir, l'équipe du Passeur Editeur.

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    1. Un roman étonnant que j'ai eu plaisir à lire. Encore merci pour votre confiance.

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