Et le verbe s'est fait chair, Jack O' Connell, Rivages/noir

Et le verbe s'est fait chair, Jack O'Connell

Traduction : Gérard de Chergé



Gilrein, ex-flic à Quinsigamond, est aujourd'hui chauffeur de taxi. Un jour, on retrouve l'un de ses clients écorché vif. C'est l'oeuvre des hommes de main d'August Kroger, qui pensent que leur victime a pu laisser dans le taxi l'objet convoité par leur patron. Apparemment il s'agirait d'un livre. Mais que peut donc contenir un tel livre pour que le puissant Kroger, les flics justiciers connus sous le nom de "magiciens", un jésuite inspecteur de police et tous les gangs rivaux de la ville se le disputent ? Gilrein qui n'a pas perdu son instinct d'enquêteur va, lui aussi, se mettre en quête de ce mystérieux Graal. 

Réédition du roman de Jack O'Connel, initialement publié en 1992, avec une nouvelle couverture. Je me suis plongé dans ce livre avec enthousiasme après avoir dévoré Ondes de choc. L'auteur situe encore une fois son intrigue dans la ville imaginaire de Quinsigamond, cité industrielle en faillite, gangrénée par la mafia et les malfrats en tous genres, découpée en quartiers disparates et peuplée par diverses communautés. 
Nous suivons donc un ex-flic, Gilrein, torturé par la mort de son épouses, Ceil, flic elle aussi mais dans un service un peu spécial, dirigé par un ancien Jésuite aux méthodes très particulières. Gilrein s'est reconverti en chauffeur de taxi. Il est l'un des seuls taxi-boy indépendant de la ville et compte le rester. Il connaît la ville comme sa poche autant que les habitants qui la composent. Les bons comme les méchants. Surtout les méchants d'ailleurs. Et c'est réciproque, tout le monde le connaît. Certains aimeraient le voir mort, d'autres souhaiteraient le récupérer. 
L'un des caïd de Quinsigamond, Kroger, recherche un livre, rare, précieux. Il est persuadé que Gilrein sait où il se trouve. De son côté, l'ancien policier semble ne pas savoir de quoi le méchant parle. Pourtant, il se fait bien molester, tabasser et même torturer dans une scène que n'aurait pas dénié Graham Masterton. Mais il ne lâche rien. Alors on suit ses pérégrinations dans les méandres de la création de la ville, à travers d'anciens habitants emblématiques, à travers aussi une diaspora venue tout droit de Bohème et dont l'histoire nous rappelle de terribles moments du XXième siècle : déportations, pogrom...
Et il y a le verbe, comme indiqué dans le titre. Hymne à l'écriture, hommage à l'écrit comme mode de combat, ce roman met en lumière les livres. Même le Censeur du Maisel, homme cruel, y est très sensible. 
Quinsigamond elle-même a d'ailleurs été bâtie sur les livres. Certains de ses premiers habitants vivaient aux-dessus d'eux, littéralement. Et c'est dans les récits que l'intrigue va se dénouer. 
Roman habile, très noir et difficile d'accès, "Et le verbe s'est fait chair" joue avec nos nerfs. Un roman très intéressant et qui engage une certaine réflexion. Ce n'est pas forcément le roman à lire sur la plage tant il demande une grande concentration. L'auteur déroule son roman en disséquant une ville à travers ses différentes déviances : corruption, guerres de quartiers, violence extrême, trafics en tout genres et ce n'est pas forcément facile à suivre. Jack O'Connel est un très bon auteur qui a réussi à dénoncer les travers de l'humain en créant une ville métaphore des sociétés modernes. 
Un roman à découvrir aux éditions Rivages/noir que je remercie vivement. 






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