vendredi 21 février 2014

L'homme qui a vu l'homme, Marin Ledun, Ombres noires.

Pays Basque nord, janvier 2009. La tempête Klaus vient de s'abattre sur la façade atlantique. Les rumeurs autour de la disparition d'un militant basque, Jokin Sasko, enflent. Iban Urtiz, journaliste, comprend que cette affaire n'est pas un cas isolé. La jeune Eztia, soeur du disparu, lui ouvre les portes d'un monde de mensonges et de trahisons où enlèvements, tortures et séquestrations sont devenus les armes de l'ombre.
Tandis que deux tueurs tentent d'étouffer la vérité, la vie d'Iban bascule dans une guerre sans pitié qui ne dit pas son nom.
Un roman sous tension qui vibre des cris des familles de disparus et de la folie des hommes. 



C'est la première fois que je me plonge dans un roman de Marin Ledun, pourtant auteur d'une quinzaine de livres. A ce qu'on dit, c'est le meilleur.
Habitué aux critiques sociales, l'auteur entre ici dans l'univers basque, de la question d'ETA, du terrorisme. Question délicate sinon brûlante.
Le roman débute de manière tonitruante sur le rapt et la séquestration d'un homme qui a bien des choses à cacher.
Ensuite, le lecteur fait connaissance avec Iban, un edraldur, un quidam qui ne parle pas basque. Le journaliste travaille pour un quotidien local et est plus habitué à couvrir les histoires de chats morts que les affaires de terrorisme. Mais un beau jour, son patron va le contraindre à travailler avec Marko Elizabe, un cameraman qu'il n'apprécie guère et qui rend une certaine agressivité.
Bref, les deux journalistes vont dès lors se trouver au coeur d'une histoire d'enlèvement liée aux séparatistes basques.
D'un point de vue littéraire, le livre se dévore. Les chapitres courts s'enchaînent à un rythme vertigineux. Aucun temps mort. Marin Ledun va vite. Son écriture est stylée. Peu de fioritures malgré une volonté de décrire au mieux les choses.
Les personnages sont très bien dessinés. Tous avec leurs forces et faiblesses. Iban est parfait en journaliste épris de vérité, projeté dans un monde qu'il connaît peu et dans un combat dont il semble éloigné. Mais derrière lui, plane le fantôme d'un père qui aurait peut-être eu des accointances avec ETA. En fait, c'est là peut-être le seul point noir du livre. Marin Ledun ouvre une porte mais ne va pas au bout de sa pensée. J'aurais aimé en savoir plus sur les origines d'Iban.
Le deuxième personnage qui aurait mérité un développement plus approfondi à mon sens est le rédacteur en chef du journal dont on n'arrive pas à déterminer la place dans ce microcosme violent et idéologique. Est-il un méchant ? Un gentil ? Les deux à la fois...
Car la force aussi du roman est d'avoir évité l'écueil du manichéisme. Les bons sont-ils toujours gentils ? Les méchants aussi méchants qu'on le dit ? Pas si sûr et la frontière qu'Iban pensait étanche se révèle d'une porosité bien peu rassurante.

D'un point de vue historique, j'ai appris beaucoup de choses sur le problème basque. J'en ai eu froid dans le dos tout le long de ma lecture, me surprenant à me dire :"C'est pas possible..." ou encore :" C'est pas vrai !"; "Pas ici ! Pas en France !".
Une histoire méconnue que l'auteur a très bien su décrire.
Bref, "L'homme qui a vu l'homme" est un excellent roman noir !
Disponible aux éditions ombres noires.

2 commentaires:

  1. Je n'irai pas jusqu'à dire que Marin Ledun c'est le meilleur, chacun ayant son propre univers , sa propre touche personnelle pour raconter une histoire, mais il est clair que son dernier roman sans doute l'un de ceux qui recevront des prix cette année tant celui ci est remarquable. Et si tu découvrais les roman de Larin Ledun avec celui ci, je t'invite fortement à poursuivre la découverte avec ses autres oeuvres, dont " les visages écrasés" qui est vraiment très bon. Un auteur français qui va compter dans les années à venir .

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    1. Merci de ta visite et ton commentaire, la Petite Souris. Sans nul doute, ce livre devrait obtenir quelques prix cette année.

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