jeudi 25 janvier 2018

De la terre dans la bouche, Estelle Tharreau, Editions Taurnada


De la terre dans la bouche

Les vieux de Mont-Éloi savent pourquoi ils s'aiment ou se détestent, même si les autres l'ignorent. La seule histoire à laquelle il faut croire est celle qu'ils ont écrite au musée de la Chênaie. Elsa refusera cette vérité lorsque sa grand-mère lui léguera une maison perdue dans la forêt, à deux pas d'un village martyr. Guerre. Occupation. Épuration. Quarante années ne seront jamais suffisantes pour oublier et chasser les fantômes du passé !


Elsa reçoit en héritage une bâtisse, La Braconne, nichée près d'un lac dans un petit bled un peu paumé. Il ne lui faut pas longtemps, bien sûr, pour qu'elle se rende sur place et découvre que le cadeau est un peu empoisonné. En guise de villégiatures, elle va se lancer dans une enquête qui la mènera pendant les heures les plus sombres du village. Cette enquête, elle la mènera avec un jeune bourru du coin, Fred. Tous les deux, ils n'hésiteront pas à heurter et à se heurter aux anciens, gardiens du secret.
J'ai découvert Estelle Tharreau grâce à Joël, des éditions Taurnada, avec son premier roman "orage" que j'ai eu l'occasion de chroniquer dans ces pages. J'ai fait l'impasse sur son deuxième roman intitulé "l'impasse" (oui, je sais c'était facile). Pas parce que je n'avais pas aimé le premier mais je n'ai pas eu l'occasion de le lire, tout simplement. Donc, c'est avec plaisir que j'ai retrouvé l'écriture d'Estelle Tharreau. Simple, entraînant, instructif. Pas de fioritures ni de phrases alambiquées qui perdent le lecteur. Elle va droit au but. J'aime ça.
Au niveau de l'intrigue, même si le point de départ n'est pas des plus original, on rentre vite dans le jeu, on suit Elsa dans ses pérégrinations, on a envie de savoir. Le récit se déroule au début des années 80, ce qui facilite bien sûr les liens avec la seconde guerre mondiale. Quarante ans, ce n'est pas suffisant pour oublier, dit l'auteur. Surtout dans ces petits villages qui ont payé un lourd tribut et où tout le monde se connaît. Les secrets sont partagés. Les tabous sont nombreux. Elsa va venir bousculer tout ça.
La force de ce roman est dans le traitement que fait l'auteur entre le bien et le mal. Ce n'est pas manichéen. On comprend bien que pendant la guerre, bien malin aurait pu dire ce qu'il allait faire, devenir. De quel côté aurait-on été ? Quand on est pris au piège, on sauve sa vie ou on reste planté dans ses convictions ? La patrie passerait-elle avant sa famille ? On voit bien ici que la frontière entre le bien et le mal est ténue. Il est si simple de passer de l'un à l'autre côté. C'est ce que je retiendrai de ce roman qui m'a fait réfléchir.
Autre point fort, l'auteur aborde aussi un côté souvent occulté par les manuels d'histoire,  l'histoire, la prostitution en temps de guerre. Intéressant point de vue où la condition des femmes n'était pas très enviable.

De la terre dans la bouche évoque ces sujets graves à travers une enquête passionnante que je ne peux que vous conseiller. Estelle Tharreau est vraiment un auteur à suivre.
Disponible aux éditions Taurnada. 

2 commentaires:

  1. Merci pour cette belle critique et pour avoir pris le temps de lire entre les lignes de la vie des personnages. A bientôt. Estelle

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    1. Bonjour Estelle, Avec plaisir. J'espère avoir bien retranscrit dans mon commentaire les sentiments que j'ai éprouvé.

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