lundi 23 octobre 2017

Retex, Vincent Crouzet, éditions le Passeur

À la fin des années 2000, Laure de Beaugency, agent au Service Action de la DGSE, le service extérieur de renseignement français, est envoyée en mission de reconnaissance dans les montagnes afghanes. Quelques
jours plus tard, Laure et son binôme, Serge, sont portés disparus. Le colonel Michel Montserrat, chef du Service Action, met tous les moyens à sa disposition pour retrouver ses deux agents manquants. Seule Laure sera récupérée, en vie, mais murée dans un silence qui ne lui permet pas d’effectuer son retour d’expérience et laisse planer une zone d’ombre sur ce qui s’est passé.
Plutôt que de la radier de ses effectifs, le colonel Montserrat donne à Laure une dernière chance, en lui confiant la responsabilité de la sécurité de la station d’interceptions électroniques de la DGSE sur le plateau d’Albion, en Provence. Il espère que cette nouvelle affectation permettra à Laure de recouvrer la mémoire et la parole. Mais il ne se doute pas qu’il a projeté Laure sur un territoire très particulier, marqué par des disparitions inquiétantes et ciblé par des menaces exceptionnelles. Sur le plateau d’Albion rôdent un tueur impitoyable, une louve furtive et des espions perdus. De quoi provoquer le retour d’expérience ?
Un roman à suspense rythmé et haletant dans les coulisses de la DGSE, qui dévoile les facettes les plus sombres de l’âme humaine.

L'Afghanistan, la DGSE, le plateau d'Albion, une espionne marquée qui doit se reconstruire, les ingrédients de départ de ce nouveau roman de Vincent Crouzet sont bons. L'intrigue l'est également. Après une mission qui l'a blessée autant dans sa chair que dans sa tête, Laure est envoyée sur le plateau d'Albion, près du majestueux mont Ventoux. Elle doit assurer la sécurité d'un site ultrasensible. 
Laure n'a pas effectué son restes, son retour d'expérience, que chaque agent envoyé en Opex (opération extérieur) doit à son supérieur. Elle est mutique. Elle a souffert, elle a perdu son coéquipier Serge et ne sait pas ce qu'il est devenu. 
En chef soucieux, Montserrat l'envoie sur cette base pour en assurer la surveillance. Pour la remettre sur les rails ou pour la provoquer, la forcer à parler ? Montserrat est-il l'homme qu'il dit être ? Est-il aussi bienveillant qu'il veut le faire croire ? 
Laure n'en fait qu'à sa tête, creuse son trou au milieu d'hommes rustres et parfois violents. On trouve Goubet, chef du camp, libidineux et gras à souhait, personnage répugnant. Hermann est le responsable de la Légion dans ce coin oublié et désertique. Il est rude mais loyal. On peut compter sur lui. 
Et puis, il y a bien sûr les "autochtones". Guillaume Rampal, l'agent des forêts en quête d'Oriane, la louve qui hante les bois. Insaisissable. Introuvable. Guillaume est marqué lui aussi par la disparition quelques années en arrière de sa femme. Une de plus. 
Six femmes ont ainsi disparu sur le plateau sans jamais laisser de traces. Que sont-elles devenues ? 
Quel est le rôle de la grande prêtresse des lieux Adèle ? La borgne méchante, volontiers sorcière. 
Retex est un roman à deux voix. On a d'abord le récit à la première personne de Montserrat, on est avec lui, on souffre avec lui. On se pose les mêmes questions existentielles, ses mêmes remises en question. C'est parfois cruel, parfois poétique malgré la dureté des lieux, des actions, la lourdeur des décisions. 
Et puis, on suit aussi Laure au plus près de sa nouvelle affectation avec des retours en arrière dans le pays des Talibans. Laure tente de se reconstruire, tente de sortir la tête de l'eau, d'oublier les désert pierreux afghans, d'oublier Serge. Elle se noie dans le boulot, met sa vie en danger, suit Hermann jusqu'aux portes de la mort, découvre le monde de Rampal qui connaît chaque centimètre carré du plateau d'Albion. Et même ses souterrains car Laure devra plonger loin pour renaître. 
L'intrigue se tisse peu à peu jusqu'au final explosif où la vérité se découvre dans toute sa cruauté. 
Je n'avais jamais lu encore un livre de Vincent Crouzet et je remercie Audrey Darragon, des éditions Le Passeur, pour cette découverte. Retex est une superbe découverte, peut-être même l'un des meilleurs romans que j'ai lu en 2017. Pour moi, c'est un véritable coup de coeur. J'ai aimé les cicatrices des personnages où le bien et le mal se confondent souvent. J'ai aimé la torpeur annonciatrice de tempête du mont Ventoux, magnétique, terrible. J'ai aimé la traque de la louve, fantôme inaccessible. J'ai aimé la plongée au coeur de l'espionnage français. 
Bref, un roman à ne surtout pas manquer. 

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