mardi 10 janvier 2017

La minute prescrite pour l'assaut, Jérôme Leroy, éditions la Table ronde.

«Il était vingt-trois heures quand Kléber et Sarah, qui venaient de se rencontrer, décidèrent de passer la nuit dans le fort d’Ambleteuse. 
À cette heure-là, une bombe sale explosait à San Francisco. 
À cette heure-là, un médecin venait d’observer dans son
microscope la dernière mutation du virus de la fièvre hémorragique de Marburg. 
À cette heure-là, trois enfants étaient parvenus au niveau ultime de Dark Hostel. Ils étaient les premiers à réussir cet exploit sur ce jeu virtuel haut de gamme. 
À cette heure-là, en France, les Forces spéciales, nouvellement créées sous l’égide secrète de l’Élysée et de quelques grandes entreprises privées, recevaient leur baptême du feu dans les quartiers nord de Marseille. 
À cette heure-là, Kléber soupçonnait qu’il vivait le premier
instant de l’apocalypse.»



La minute prescrite pour l'assaut est un roman de Jérôme Leroy initialement publié en 2008. Les éditions la Table Ronde lui offre en ce début d'année 2017 une nouvelle vie. Et c'est pour le plus grand bonheur des lecteurs, comme moi, qui avaient loupé sa parution. Je remercie donc la Table Ronde de m'avoir fait découvrir cet auteur. 
Dans ce roman apocalyptique, Jérôme Leroy égratigne avec talent tous les travers de notre société. Bien sûr, il faut accepter le postulat de départ : le monde part en vrille et va s'éteindre dans la violence. La faute à plusieurs facteurs : un virus hypermortel, des attaques nucléaires, des conflits innombrables. Mais on est loin des classiques romans apocalyptiques de science fiction.
En effet dans ce roman, on suit la route de Kléber, écrivain, enseignant et épicurien pour qui la vie se résume à lire, boire et baiser. Lors d'une ennuyeuse soirée, il rencontre la belle Sarah avec qui il va traverser le roman. Erudit, il cite Proust et Baudelaire. Célibataire endurcit, il aime la gent féminine sans jamais lui manquer de respect. Bref, Kléber est un bon bougre que la fin du monde n'effraie pas. 

La France possède tout un arsenal de loi pour affronter cette fin du monde. Evidemment, on circule presque tous en voiture écolo, sauf Kléber bien sûr qui se pavane dans un énorme Mercedes CLK. On évite de sortir trop la nuit, des Forces spéciales sont crées et ne sont pas sans rappeler certaines milices de l'Histoire. 

Ce roman peut aussi être lu comme un hommage à l'art : à la musique, à  la littérature. Jérôme Leroy multiplie les références directes : "le ciel d'un bleu balzacien" ; "un vocabulaire proustien"... ou indirectes. On lit entre les lignes, on aime forcément ces rappels aux grands auteurs. 

On découvre dans ce récit tout un panel de personnages intéressants : Kléber, bien sûr. Sarah, sorte de Lara Croft sensible à la culture et aimait picoler du bon vin blanc et Fleur, la cousine un peu niaise. On fait aussi la connaissance du caviste sans prénom mais amoureux du vin et fournisseur officiel de la fin du monde, l'avocat cul-de-jatte et généreux... Bref, une galerie loufoque, drôle et sincère. 

J'ai beaucoup aimé ce roman dans lequel j'ai trouvé une vraie intrigue et qui fait la part belle à la littérature. Jérôme Leroy joue avec les mots, connaît ses classiques et nous les fait aimer aussi. 

A (re)découvrir aux éditions La Table Ronde. 

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