mercredi 24 août 2016

Après la guerre, Hervé Le Corre, Rivages.

Bordeaux dans les années cinquante. Une ville qui porte encore les stigmates de la Seconde Guerre mondiale et où rôde la silhouette effrayante du commissaire Darlac, un flic pourri qui a fait son beurre pendant l'Occupation et n'a pas hésité à collaborer avec les nazis. Pourtant, déjà, un nouveau conflit qui ne dit pas son nom a commencé ; de jeunes appelés partent pour l'Algérie. Daniel sait que c'est le sort qui l'attend. Il a perdu ses parents dans les camps et, recueilli par un couple, il devient apprenti mécanicien. Un jour, un inconnu vient faire réparer sa moto au garage où il travaille. L'homme n'est pas à Bordeaux par hasard. Sa présence va déclencher une onde de choc mortelle dans toute la ville, tandis qu'en Algérie d'autres crimes sont commis...



J'ai profité de ce beau mois d'août pour découvrir un auteur que j'avais envie de lire depuis bien longtemps. J'ai nommé : Hervé Le Corre. "Après la guerre" m'a été prêté par un ami (merci Jean-Luc) et je me suis laissé rapidement embarqué dans ce récit passionnant ancré dans une histoire difficile de la France. La période est, comme l'indique le titre du livre, l'après guerre, celle de 39-45. C'est la période des règlements de compte, du retour des prisonniers, du nettoyage. C'est aussi le moment où tous ceux qui ont fait des choses dégueulasses avec l'ennemi vont se planquer. Chauds les marrons. 

Hervé Le Corre évoque également la guerre d'Algérie, celle que les jeunes français veulent éviter, cette guerre qu'ils ne comprennent pas. Certains vont la fuir. D'autres y mourrir. Il n'y a pas de conflits sans morts, c'est bien connu. 
14-18 n'a pas suffit. 39-45 non plus. Il faut qu'on se remette à faire parler la poudre pour sauver ce bout de terre au-delà de la Méditerranée. 

Hervé Le Corre est un véritable écrivain et cela faisait bien longtemps que je n'avais pas lu un roman policier aussi bien écrit. Son écriture est fluide, belle, presque poétique. Alors bien sûr, le prix à payer parfois est de devoir relire certains passages pour en bien comprendre toute la finesse.

J'ai aussi beaucoup aimé l'argot utilisé par l'auteur et dont il distille quelques mots de ci de là sans jamais nous étouffer. 

Hervé Le Corre situe son récit dans un Bordeaux abîmé et pourri en proie à la décadence et à la corruption. On est loin du Bordeaux bourgeois que l'on connaît. La ville est un personnage à part entière. 
Côté personnage, point de héros gentil. 

On trouve Daniel, le jeune mécano, orphelin et qui rêve de partir faire la guerre. Cette guerre qu'il ne comprend pas et qui va le transformer à jamais. Il en reviendra blessé dans son âme. 
Il y a aussi André, revenu d'entre les morts, retenu pendant des années dans un camp de concentration. André qui vient assouvir une vengeance. Qui est-il vraiment, ce André ? 

Et puis, on a encore pire : Darlac. Le flic qui a fait son beurre pendant l'occupation. Le policier qui en a profité pour gravir les échelons. Le type sans foi ni loi, prêt à tout pour mener à bien ses enquêtes, même à bafouer la loi. Prêt à tuer lui aussi. 

Après la guerre est un roman de vengeance mais c'est aussi un formidable requiem sur la guerre et les questionnements qu'elle suscite chez les soldats qu'on envoie au front sans rien leur expliquer. C'est aussi un roman sur la vengeance, subtile, insidieuse, terrible et pas forcément salvatrice pour celui qui la met en oeuvre. 
Vous l'aurez compris, Après la guerre est un véritable coup de coeur qui m'a donné envie de poursuivre la lecture des ouvrages d'Hervé Le Corre. 

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