lundi 15 février 2016

Carnaval, Ray Célestin, Cherche midi


Un premier roman exceptionnel, basé sur des faits réels survenus à la Nouvelle Orléans en 1919. Tandis que la musique envahit la ville, un tueur frappe...
Au cœur du Sud profond, La Nouvelle-Orléans, construite sur des marécages en dessous du niveau de la mer, a toujours été aux prises avec tornades, inondations et épidémies de toutes sortes. La nature du sol en fait une cité qui s’affaisse, où les morts ne peuvent être enterrés. Alligators, serpents, araignées hantent ses marais. Nombre de menaces ont toujours plané au-dessus de la ville. Et pourtant…
Lorsqu’en 1919 un tueur en série s’attaque à ses habitants en laissant sur les lieux de ses crimes des cartes de tarot, la panique gagne peu à peu. On évoque le vaudou. Les victimes étant siciliennes, les rivalités ethniques sont exacerbées. Un policier, Michael Talbot, un journaliste, John Riley, une jeune secrétaire de l’agence Pinkerton, Ida, et un ancien policier tout juste sorti de prison, Luca D’Andrea, vont tenter de résoudre l’affaire. Mais eux aussi ont leurs secrets… Alors qu’un ouragan s’approche de la ville, le tueur, toujours aussi insaisissable, continue à sévir. Le chaos est proche.
Tensions raciales, corruption, vaudou, jazz et mafia : Ray Celestin a puisé l’inspiration dans cette véritable série de meurtres qui ont enflammé La Nouvelle-Orléans. Il nous offre un premier roman inoubliable, au suspense omniprésent, doublé d’un portrait de la ville d’un réalisme peu commun. Depuis L’Aliéniste de Caleb Carr, on n’avait jamais lu ça !

Un beau programme pour ce roman. La Nouvelle Orléans du début du XXème siècle. Son ambiance particulière dans un environnement mystérieux, propre aux rites vaudou, aux traditions ancestrales et une intrigue solide. Ce Carnaval n'est pas seulement une nouvelle histoire de tueur en série. C'est bien plus que cela. Ray Célestin utilise ce fil pour raconter la Nouvelle Orléans, cette ville construite en dépit de toute logique géologique, en dessous du niveau de la mer, où l'eau est si proche de l'homme qu'il ne peut enterrer ses morts correctement. 
Une ville où la ségrégation est très forte et où la musique est omniprésente et accompagne tous les moments de la vie. Même les enterrements font l'objet d'une grande cérémonie avec orchestre et compagnie. La musique transmet la joie, la peine aussi mais illustre la haine et le racisme. Comme ce jazz propre aux Noirs que les Blancs rechignent à écouter. 
Ray Célestin frappe fort pour son premier roman comparé à "l'aliéniste" de Caleb Carr dans l'évocation d'une ville et la construction de ses personnages. 
Tout d'abord, on trouve Talbot, le flic. Chargé de l'affaire du tueur à la hache. L'affaire qui peut le faire tomber en disgrâce, lui qui cache sa femme noire et ses enfants dans sa maison. Lui qu'on attend au tournant jusque dans son commissariat. Lui qui a fait tomber son collègue et mentor, pourri jusqu'à la moelle, D'Andréa. Celui-ci sort justement de prison quand le parrain du coin l'embauche à nouveau pour démasquer lui aussi le tueur. Un ripou qui cherche l'absolution ? 
Il y a aussi Riley le journaliste, incontournable dans ce type de roman mais que j'aurais aimé qu'il soit davantage exploité par l'auteur. 
Et puis, les deux derniers protagonistes principaux sont Ida, jeune secrétaire de l'agence Pinkerton et Lewis son copain Black et musicien de génie. Ces deux-là, on peut dire qu'ils font la paire. De très intéressants personnages tiraillés entre la fin de l'adolescence et le début d'un monde adulte dont ils ignorent encore les codes. Courageux, ils vont eux aussi se lancer à la poursuite du tueur le plus implacable qu'ait connu la ville. 
Ray Célestin brosse un portrait d'un monde qui n'est pas comme la ville, blanc et noir, mais tout en nuance. Les personnages ont tous quelque chose à cacher, un passé mystérieux, un lourd fardeau qui un jour où l'autre refera surface et leur éclatera en plein visage. C'est ce qui fait la richesse de ce premier roman parfaitement maîtrisé. 
A découvrir absolument aux éditions Cherche Midi. 



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire