jeudi 1 octobre 2015

...et justice pour tous, Michaël Mention, Rivages/noir

Troisième volet de la trilogie anglaise de Michaël Mention, entamée avec Sale temps pour le pays. Le superintendant Mark Burstyn, exclu de la police après l'affaire de l'Eventreur du Yorkshire, est un homme âgé qui vit chichement à Paris. Il a sombré dans l'alcoolisme. Il va reprendre du service en franc-tireur quand sa filleule Amy, la fille de son ancien collègue Clarence, est fauchée par une voiture. Il ne croit pas à l'accident...



Récemment auréolé du bandeau rouge du prix Transfuge du Meilleur Espoir polar 2015, ce roman de Michaël Mention clôt la trilogie sur l'éventreur du Yorkshire entamée avec "sale temps pour le pays" et poursuivi par l'excellent "Adieu demain" que nous avons eu le plaisir de chroniquer dans ces pages.
Difficile pour moi d'être objectif dans cette chronique concernant ce roman et cet auteur pour qui j'ai vraiment beaucoup d'admiration.
Je vais essayer malgré tout.
Nous retrouvons ici tous les ingrédients des deux romans précédents. Et il faut absolument les lire avant d'entamer celui-ci. La trilogie fonctionne vraiment comme une trilogie dans le sens où les romans constituent un enchaînement cohérent non seulement dans le temps  mais aussi dans l'intrigue. Il ne s'agit donc pas d'une "simple" suite. A tel point que j'avais envie de reprendre la lecture des deux premiers. Vous l'aurez donc compris, on est en présence d'une véritable oeuvre. J'ose même dire un chef d'oeuvre du roman noir.
Voilà l'une des raisons premières de mon coup de coeur. Michaël Mention hausse le niveau du polar français. En cela il égale voire surpasse bon nombre d'auteurs anglo-saxons et l'on sent des influences aussi prestigieuses que celles de David Peace, pour ne citer que lui.
L'auteur a une façon bien à lui d'écrire, je l'ai déjà dit dans ce blog. Il a une vraie empreinte reconnaissable entre mille. Il va vite, ça déroule, ça dégaine, ça enchaîne, ça mitraille. Les mots déboulent  à toute allure. Ils forment des chapitres parfois très courts et l'on tourne les pages, essoufflé, le palpitant à 180.

Chef d'oeuvre du roman noir ? Michaël Mention nous a habitué à la description fine du contexte où il situe ses intrigues. Ce "...et  justice pour tous" n'échappe pas à la règle. A la manière d'un Ken Loach, il décortique la société anglaise (ici des années post Thatcher jusqu'à aujourd'hui) avec brio. Il dresse des portraits cyniques et acides des gouvernants. il rend hommage aux "petites" gens. Pour tant, il ne fait pas une analyse sociologique barbante. Tout s'imbrique avec brio et intelligence.
Tout comme la musique, omniprésente, qui est presque  à elle seule un personnage à part entière. Mention connaît bien sa partition ! Il nous fait découvrir les groupes et les chanteurs anglais qu'il aime ou pas mais qui ont tous joué un rôle dans cette Angleterre inégalitaire et sans concession.

Puis vient l'intrigue elle-même. L'éventreur, toujours en filigrane. Ces flics usés, désabusés mais toujours dans le coup. J'ai beaucoup aimé la déchéance de Burstyn et la dérive de Cooper, Et oui, Michaël Mention est rude avec ses personnages... pour le plus grand plaisir des lecteurs qui veulent souffrir avec eux. Maso ? Peut-être. Si c'est pour se prendre des claques comme celle-là, je signe les yeux fermés pour tous les prochains romans.


2 commentaires:

  1. Merci pour la belle chronique! Hâte de finir ce roman que je débute à peine.
    Concernant la musique...une playlist existe-t-elle comme sur certains romans? Car c'est vrai que les titres de chansons (que je ne connais pas a priori) s'enchaînent...!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Ben pour ton commentaire. Il n'y a pas de playlist à proprement parlé mais Michaël Mention cite tous les interprètes et les chansons à chaque fois. Ce qui permet aux lecteurs qui le souhaitent de découvrir des artistes.

      Supprimer