mercredi 15 juillet 2015

Le carnaval des hyènes, Michaël Mention, Ombres noires.

Carl Belmeyer est une figure emblématique du paysage audiovisuel français. Présentateur du JT depuis plus de trente ans, il dissimule derrière son sourire une personnalité narcissique. Arrogant et manipulateur, il méprise tout le monde, à commencer par son public qui l'adore. Quand Barbara, une bimbo de l'émission de téléréalité Villa Story, meurt en direct sous les yeux horrifiés des téléspectateurs, le scandale secoue durement la chaîne. Elle doit rapidement redorer son blason et compte bien utiliser l'image charismatique de Belmeyer. Il redevient alors reporter de terrain et part couvrir la guerre civile qui fait rage au Liberia. Le message doit être clair pour l'audience : la chaîne se recentre sur l'essentiel. 
Mais rien ne fonctionne comme prévu, et Belmeyer, habitué à rester maître de sa vie, devient tout à coup spectateur contraint. 50% mensonge, 50% buzz, 100% audimat!



Nouveauté des éditons Ombres noires, le dernier né de Michaël Mention, qu'on apprécie beaucoup sur Terre du Noir, est une petite bombe. L'auteur veut dénoncer la télé indigeste, inintéressante, racoleuse, manipulatrice... en mettant en scène un présentateur du JT totalement égocentrique et détestable. Carl Belmeyer est conscient qu'il a construit sa carrière sur des mensonges mais il s'en fiche. L'info, il l'a trafique comme il le souhaite. Ce qu'il veut, c'est de l'audimat. Et il en a des téléspectateurs puisqu'il est la vedette de la chaîne. Jusqu'au jour ou tout s'enraye, il part au Libéria, retourne à ses racines journalistiques...

En quelques mots, voilà dressée l'intrigue de ce court roman qui m'a surpris tant dans son propos que dans sa forme. Je ne reviendrai donc pas longtemps sur le fond : une dénonciation acerbe de la télé d'aujourd'hui. 
La forme quant à elle m'a surpris également car le livre est clairement divisé en deux parties. La deuxième est étonnante. L'auteur nous prend à contre pied, part dans une autre direction et le livre change de style. Là on est dans le roman d'espionnage où l'on retrouve des barbouzes de la pire espèce. Je dois avouer que cette deuxième partie, si elle m'a décontenancé, m'a moins plu. J'ai trouvé que cette immersion dans l'espionnage était moins crédible. Je n'ai pas vraiment adhéré aux situations que pouvaient vivre Carl Belmeyer. J'ai donc été un peu déçu. 
Déçu aussi car, à la lecture du pitch, je m'attendais à autre chose. 

Mis à part cela, Michaël Mention est bien parvenu à me surprendre. Son écriture, toujours aussi dépouillée, marche à tous les coups et est reconnaissable entre mille. Comme diraient les coachs de la Star Ac' : "il a une vraie empreinte vocale !"
Ses personnages sont bien travaillés également. Il ne tombe pas dans le caricatural ni dans le manichéisme. Chez lui, tout n'est pas noir, tout n'est pas blanc. Il y a de nombreuses nuances de gris (peut-être pas 50 mais tout de même...) et ses "héros" oscillent souvent entre les extrêmes. De fait, on ne parvient ni à les aimer ni à les détester vraiment. En tout état de cause, ils ne nous sont pas indifférents. 

Pour conclure, pour moi c'est une lecture mitigée que je nuance. Il y a un bon début et une seconde partie moins convaincante mais je pense que de nombreux lecteurs pourront y trouver leur compte. 

Disponible chez Ombres éditions. 

2 commentaires:

  1. J'ai adoré la critique de la télévision par M. Mention. De toutes façons, on assiste depuis quelques années à un abrutissement de la population à cause des programmes affligeants qui sont désormais sur toutes les chaînes à longueur de journée...mais vu que tous ces programmes bidons sont en tête des audiences, pourquoi changer une recette qui fonctionne. On assiste clairement à un nivellement par le bas du niveau moyen de la population et c'est inquiétant...

    Concernant la seconde partie du roman, si on met de côté le fait que ça semble tr_s très gros de mettre une telle mission en place...une fois qu'on a accepté l'idée...je trouve que c'est parfaitement orchestré et raconté.

    Félicitations pour la chronique et les presque 50 nuances de gris. ;-) Elle m'a bien fait rire celle-là!

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    1. Merci pour ce commentaire. J'ai bien aimé aussi la critique que fait l'auteur de cette télévision qui nous rend complètement dingos et qui n'est qu'une éloge de la médiocrité, voire pire...
      Pour la seconde partie que j'ai moins aimé, ce n'est que mon avis mais je reconnais le talent de conteur de Michaël Mention qui est un auteur que j'apprécie énormément et dont je suis le travail avec intérêt.

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