samedi 22 novembre 2014

Jeudi noir, Michaël Mention, Ombres noires


« Aucun film au monde, aucune pièce ne saurait transmettre autant de courants contradictoires, autant d’émotions que la demi-finale perdue de Séville. » Michel Platini
8 juillet 1982, Séville. Coupe du monde de football, demi-finale France-R.F.A.
L’ambition contre l’expérience. L’espoir porté par Mitterrand contre le fatalisme du mur de Berlin. Et pour les deux équipes, une même obsession: gagner sa place en finale.
Face aux puissants Allemands, Platini, Rocheteau, Giresse… une équipe de France redoutable. mais le pire s’invite: les coups pleuvent, le sport devient guerre, et la mort arbitre.
Pour la première fois, le match mythique vécu en direct, sur le terrain. Une expérience radicale, entre exaltation et violence.
France-R.F.A 82: un match, une victime, une vengeance.
Pour prolonger l’expérience, rendez-vous sur notre chaîne Youtube et découvrez la playlist qui accompagne la lecture de Jeudi noir.

Retrouvez également les journaux télévisés des 8 et 9 juillet 1982, ainsi que le match France-RFA dans son intégralité!



Jeudi noir, deux mots qui évoquent pour de nombreuses personnes le Krach de la Bourse de New York de 1929. Si le 8 juillet 1998, l’Equipe de France s’offrait une place en finale de sa Coupe du Monde en éliminant difficilement la Croatie, seize ans plus tôt, un 8 juillet également, les Bleus s’étaient vus barrer la route de la finale du mondial espagnol au terme d’un match homérique face aux allemands, la R.F.A. plus précisément. Un jeudi noir pour le peuple de France. 
Michaël Mention (Le rhume du pingouin, Sale temps pour le Pays, Fils de Sam, Adieu Demain) prend le pari risqué de faire revivre en intégralité la mythique rencontre entre les Bleus de Platini et la Mannschaft de Kaltz (3-3, victoire allemande aux tirs au but). Une demi-finale marquée par l’acte barbare d’Harald Schumacher, gardien de but allemand, coupable d’une agression caractérisée non sanctionnée sur le français Patrick Battiston. Les fans de football, nés ou non lors de cet été 1982, connaissent tous cette rencontre, ce match étant rentré dans le Panthéon des Grands Moments du Sport Français. Il y a des victoires qui ne sont rien de plus qu’une ligne dans un palmarès mais il y a également des défaites qui marquent une génération, un sport, un pays tout entier et marquent l’Histoire de leur sport. Le France-Allemagne de 1982, c’est tout cela et c’est à ce monument du Sport Tricolore que s’attaque Michaël Mention avec son « Jeudi Noir ». 

Au premier abord, on peut se demander si parler uniquement d’un match sur la totalité d’un roman ne risque pas d’être compliqué, comment décrire une rencontre sans être ennuyeux ? Michaël Mention y parvient avec une maestria digne d’un Platoche, dribblant les temps morts pour nous faire vivre les grands moments de tension qui s’emparent des joueurs de l’Equipe de France tout au long des deux heures de jeu et d’une séance de tirs au but particulièrement tendue elle aussi. Être un fan de foot est un avantage indéniable avant de s’attaquer à la lecture du roman (tout comme connaître le prénom des footballeurs afin de savoir qui entreprend quelle action sur le terrain…)mais ne rien connaître n’est en rien rédhibitoire, Mention faisant de ce match bien plus qu’un match de football, mettant en avant le fait que cette rencontre a, par sa physionomie, pris un chemin détourné pour sortir du cadre du sport. Face aux scenarii du match, tout plus fous les uns que les autres, Michaël Mention, à travers les yeux et la pensée d’un douzième joueur Bleu virtuel, nous fait passer par tous les états d’âmes qu’ont pu vivre les joueurs mais aussi les français devant leur poste de télévision. Au fur et à mesure que les minutes s’égrainent et que les fautes allemandes s’accumulent sans être sanctionnées, la haine du « boche » reprend le dessus, n’oublions pas que la Seconde Guerre Mondiale n’est pas si loin et que le peuple allemand vit même coupé en deux par la faute d'un solide mur à Berlin… 

Mention réussit un vrai coup de maître avec ce roman, réussissant à nous faire passer par toutes les émotions, la peur, la haine, la joie, l’extase, la crainte, la tristesse, le dégoût, etc…toutes ces émotions qu’ont pu vivre les français ce soir là et que certains revivent lorsqu’on évoque avec eux cette rencontre là. Je ne peux que conseiller ce livre intelligent, bien goupillé et qui permet également de mettre en avant les espoirs déchus de la France de Mitterrand, les difficultés économiques de la France des années 80, laquelle s’était offert un petit coin de ciel bleu durant l’été 1982 grâce au parcours de son Equipe de France de Football. Enfin, quand on est fan de foot, on ne peut s’empêcher de penser, au moment de refermer « Jeudi Noir », un « Le foot, c’était mieux avant ». 

Ben.

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