lundi 25 novembre 2013

Les mémoires du dernier barde breton, Yann Tatibouët, Coop Breizh



Ce livre raconte la vie de Alan an Dall, colporteur et arnaqueur sur le pays d'Auray.

«La guerre 14-18 n'a pas seulement saigné une génération d'hommes, elle a aussi modifié considérablement la façon de vivre et de penser des survivants. L'Armistice de 1918 sonna le glas de la société traditionnelle bretonne. Mon roman se déroule en 1905 lorsqu'elle commença à décliner», raconte Yann Tatibouët pour mieux justifier son choix. «Lorsque l'on se projette dans le passé, la liberté est plus grande dans l'écriture. Les personnages s'animent par eux-mêmes. Ils me prennent par la main et ils m'envoient là où l'auteur ne les attendait pas».
En cette année troublée - 1905 est marquée par la séparation de l'Église et de l'État et la période des inventaires dans le pays d'Auray bat son plein - Alan an Dall, qui est aveugle, a le statut de barde. «Ce qu'il fait n'a rien à voir avec Assurancetourix, l'un des compagnons d'Astérix», s'empresse de préciser l'auteur. «Dans les faits, c'est un poète ambulant, un colporteur. Il s'appuie sur l'actualité du moment pour écrire des chansons. Un jour, il gagne le port de Saint-Goustan où sa filleule Églantine l'a fait mander d'urgence. Il doit accepter d'aider la belle à réaliser ses projets: réunir son père et son futur mari».
«Mais à la veille de la Grande Guerre, les poètes ambulants n'ont plus la cote. A trop user de leur pouvoir dont celui de satiriser les nuisibles, Alan an Dall finit par faire le malheur des siens... Mis en accusation, il doit fuir par les chemins de Vannes. Dans sa fuite, il imagine un ultime stratagème...»


Ouvrir un roman de Yann Tatibouët est toujours un plaisir. Son style d'écriture est plaisant, ses dialogues extrêmement travaillés sont riches, ses personnages également sont tous très intéressants. Ces "mémoires" ne dérogent pas à la règle. Un récit haletant mené tambour battant comme une intrigue policière au coeur de la société bretonne du début du XXème siècle. 
Comme dans tous ses livres, Yann Tatibouët invite le lecteur à découvrir les moeurs et les coutumes des Anciens. Ainsi, on va croiser les marins du Bono, les agriculteurs et ce fameux barde. A la fois poète et donneur de leçons, cet homme occupe une place prépondérante dans une société basée sur l'oralité et les traditions. Loin de l'image galvaudée mais humoristique d'Assurancetourix, Alan est un homme respecté mais rude. Exigeant mais altruiste. Profondément ancré dans son siècle. On en parvient même à se demander comment un tel homme peut avoir autant de pouvoir sur ses contemporains. C'est sans compter sur la piété des bretons qui s'en remettent à Dieu pour expier leurs pêchers mais le barde sert de cheville entre le monde des vivants et celui du Tout-puissant. Il défend et dénonce. 
"Les mémoires du dernier barde breton" est un roman fort et puissant que je vous invite à découvrir. Un très bon moment de lecture où l'érudition côtoie le plaisir.
 

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