lundi 6 mai 2013

Noir linceul, Mikhaïl W. Ramseier, éditions coup de tête

Zelda, belle fille au regard triste; Auguste, éternel voyageur; Hyacinthe, éditeur fatigué cherchant à cicatriser ses plaies. Et puis cette oie blanche qui peine à prendre en main son destin, ce géant russe qui ne se sépare jamais de son poignard, ce gros pêcheur ambitieux, ce restaurateur mauvais, ce loser alcoolique, cette cruelle pin-up, cet imprimeur, ce Basque… Une poignée de personnages en quête d'avenir dont les trajectoires se croisent entre Genève, Québec et l'archipel de Saint-Pierre et Miquelon. Certes, la vie peut être belle et lumineuse, pour un temps, mais la seule chose qu'elle ait jamais promis est de recouvrir chacun de nous d'un éternel manteau de ténèbres. Noir comme la nuit, noir comme un linceul.
Avec ce roman en forme de polar décalé, Mikhaïl W. Ramseier pose la question qui concerne tous ceux qui voudraient changer les choses: comment se fait-il que l'homme soit toujours autant asservi, lui qui lutte pour un monde meilleur depuis l'aube des temps? La réponse, qui fait frémir et anéantit tout espoir de renouveau : tant qu'il y aura servitude volontaire, nulle liberté ne sera possible!



J'avais déjà évoqué ce roman peu avant sa sortie officielle. Lecture faite, je reviens en parler. Je dois dire que c'est une agréable surprise.  Ne connaissant ni cette maison d'éditions canadienne ni l'auteur qui pourtant n'en est pas à son coup d'essai, je ne savais pas vraiment à quoi m'en tenir en ouvrant ce livre.
L'écriture est sèche et sans fioriture rude comme peut l'être la vie des personnages qu'il décrit tout au long de ce roman.
On navigue entre plusieurs eaux. Il y a d'abord Zelda, suissesse qui rêve de s'envoler vers une autre destinée. Il y a aussi Hyacinthe et Auguste, Félix et Victorine. Et tout ce petit monde qui finit par se rencontrer sur un archipel minuscule : Saint-Pierre et Micquelon. On rencontre des déchirés de la vie, des écorchés du système traditionnel, des fuyards aussi qui rêvent de se refaire une virginité.
Le climat est difficile à supporter et pour mieux passer l'hiver, on se tourne vers les autres, on boit ensemble et on refait le monde dans des bistrots aux relents d'agora grecque.
Les prises de position des personnages de Ramseier sont parfois difficiles à encaisser mais les débats sont toujours argumentés et cela fait réfléchir le lecteur sur ses propres positions.
Ensuite, il y a les dialogues. Il faut dire que l'auteur prend du plaisir à y intégrer les expressions québecoises, ce qui m'a fait bien sourire.
Enfin, il y a le décor. L'archipel tient une place importante dans le récit. Tant au niveau des descriptions des paysages ou des conditions de vie que des habitants. Si parfois certains livres pourraient être délocalisés de leur ville ou leur lieu, Noir linceul ne peut se passer que là-bas. Et c'est tant mieux pour le lecteur.
J'aurais malgré tout une remarque négative sur ce livre. Il contient 435 pages qui se lisent vite, certes. Pourtant, j'aurais aimé une intrigue qui démarre plus tôt car on aurait pu autrement encore tenir 100 pages en se demandant où l'auteur veut nous amener.
Pour conclure, Noir linceul est une très bonne surprise.
Disponible aux éditions coup de tête.
http://coupsdetete.com/index.php?id=57

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