mercredi 25 juillet 2012

Un enfant de Dieu


Lire Cormac Mc Carthy reste toujours un moment d'intense émotion et une expérience hors du commun. Peut-être parce qu'il a un sens de la ponctuation qui nous surprend ou bien un souci du détail à limite de l'agacement : "En arrivant à la boutique il s'assit sur une caisse sur la galerie et, à l'aide de son couteau de poche, coupa la ficelle qui s'enroulait autour de ses jambes et de ses pieds, retira les sacs, les secoua et les étendit sur la caisse avec les morceaux de ficèle, puis se releva. Il portait des chaussures basses, noires, trop grandes pour lui."
J'avoue que ce genre d'écriture peut s'avérer déconcertante. Et pourtant, pourtant, son oeuvre est aujourd'hui considérée comme l'une des plus marquantes de la littérature américaine contemporaine.

Lester a été chassé de chez lui, quasiment banni de son village. Réfugié dans les montagnes alentours, il va survivre comme il peut, c'est-à-dire comme une bête, un charognard qu'il devient de jour en jour. Ses raisonnements se simplifient et ses actes irréfléchis sont le résultat de ses pulsions animales.
Lester va donc sombrer dans une bestialité sanglante et violente. Il poussera jusqu'au meurtre et la nécrophilie.
Je n'en dévoilerai pas plus sur ce court roman (170 pages en format poche) qui se lit d'une traite une fois qu'on a compris la mécanique d'écriture de Mc Carthy. Comme toujours, ses dialogues font mouche :
Qu'est-ce que tu veux, Lester ?
Je t'ai d'jà dit. J'veux que t'enlèves ton sale cul de ma propriété. Et que tu remmènes ces crétins avec toi.
Fais gaffe à ce que tu dis, Lester. Y'a des dames.
J'en ai rien à foutre des gens qui sont là.
C'est pas ta propriété.
Putain qu'ça l'est pas.

T'as déjà été au trou pour ça. Je parie que tu veux y retourner. Le shérif en chef est par là-bas.
J'm'en fous bien où qu'il est le shérif en chef. J'veux que tous autant que vous êtes, enfants de salauds, vous partiez de ma putain de propriété.

Rien que pour ce genre de discours - et encore mon exemple n'est pas le plus révélateur- il faut se précipiter à la bibliothèque du coin ou chez le premier libraire pour s'offrir un des bijoux d'un auteur magistral.

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